Curieux animal que cette perruche. Une musique souvent trop agressive pour passer à la radio. Des textes trop parodiques pour être pris au sérieux par les si souvent premier degré fans de Hard Rock. Pourtant les quelques fidèles qui suivent le trio de Cardiff ne s’y trompent pas: c’est bien un groupe novateur. Never Turn Your Back On A Friend, dont la pochette est toujours signée Roger Dean, est probablement l’album le plus connu. C’est qu’on y trouve « Breadfan », un titre passé à la postérité grâce à la reprise qu’en firent les tout puissants Metallica en 1987.

C’est justement ce titre qui ouvre l’album et dès ce riff survolté et hyper accrocheur, on sent qu’on est en présence d’un classique du Rock. Enfin, un classique qui est, hélas, resté sérieusement confidentiel. Le titre montre qu’on est en présence d’un groupe qui maîtrise sérieusement ses instrument et possède un réel talent pour composer. Il est permis de penser aux premiers Rush (la présence de ce break planant n’y étant pas pour rien), la voix de Burke Shelley étant tout de même moins suraiguë que celle de Geddy Lee. Petite surprise ensuite avec une reprise du classique du Blues « Baby, Please Don’t Go » de Big Joe Williams. Une de plus me diriez vous. C’est vrai que des Them de Van Morrison à AC/DC en passant par Aerosmith et les Amboy Dukes les versions se comptent à la pelle. Celle de Budgie est tout de même très efficace en gardant une certaine sobriété, la basse de Shelley menant la danse.

Si la petite rêverie acoustique « You Know I’ll Always Love You » est très belle, ce n’est assurément pas par ses chansons d’amour que l’on a – un peu – retenu le groupe, mais par ses morceaux de proto-metal aux titres absurdes. « You’re The Biggest Thing Since Powdered Milk » (Tu es la plus grande invention depuis le lait en poudre) est l’un d’eux. S’ouvrant par un solo de batterie de Ray Phillips, le titre vire vers un Mid-tempo bien lourd avec la basse – comme souvent chez eux – bien en avant. Cela n’empêche pas les riffs et solos de Tony Bourge d’être excellents. On notera certaines idées de compositions qui ont assurément inspiré Steve Harris à ses débuts (notez les petites similitudes avec « Phantom Of The Opera » dans la seconde partie). Plus simple mais non moins efficace est le mid-tempo « In The Grip Of A Tyrefitter’s Hand » et son riff entêtant. En dépit de son titre, « Riding My Nightmare » est une jolie ritournelle Folk qui – comme « You Know I’ll Always Love You » – tranche avec le reste de l’album. L’album termine par « Parents », un titre progressif où l’on sent l’influence des Moody Blues (malgré l’absence du mellotron) et qui montre que le jeu des musiciens peut se faire extrêmement fin (mention encore une fois au splendide solo de Bourge).

Sans aller jusqu’à parler de chef d’oeuvre (nous en sommes tout de même loin malgré ses qualités), Never Turn Your Back On A Friend est assurément un album qui a compté dans la création du Heavy Metal. Assurément, il a eu son influence auprès des musiciens de la NWOBHM ainsi que d’autres groupes qui triompheront dans les années 80, Metallica en tête. Redécouvrir Budgie, s’est faire la connaissance d’un cousin marginal et pourtant brillant de la famille. Celui qu’on a mis un petit de côté parce qu’on en a honte, qu’il était moins ‘dans le coup’, et qui pourtant possède plein de qualité. Et malgré le succès qui continuait à les bouder, nos Gallois n’avaient pas fini de nous impressionner. Ce sera malgré tout le dernier album avec le batteur Ray Phillips.

Titres:
1. Breadfan
2. Baby, Please Don’t Go
3. You Know I’ll Always Love You
4. You’re the Biggest Thing Since Powdered Milk
5. In the Grip of a Tyrefitter’s Hand
6. Riding My Nightmare
7. Parents

Musiciens:
Burke Shelley: Chant, Basse
Tony Bourge: Guitare
Ray Phillips: Batterie

Production: Budgie