aff3e0c9b0264c34bda1d7afe4c15bd6Nous sommes en 1973 et, alors que Led Zeppelin a sorti un live à l’automne dernier et que Black Sabbath s’apprête à sortir son nouvel album, Deep Purple nous offre ce Now What ?! qui… Ah, attendez, j’ai sauté quelques lignes. Nous sommes en 2013, pas en 1973. Mais avouez qu’avec ces sorties rapprochées des trois géants du Hard Rock des 70’s, la confusion pouvait s’expliquer ! Bref, voilà que Deep Purple nous offre un nouvel album, presque huit ans après son dernier effort (Rapture Of The Deep) ce qui commençait à faire long. Je vous l’avoue, je n’avais pas vraiment suivi ce que Deep Purple avait fait dans les années 00’s (les deux premiers albums sans Jon Lord) mais avec ce Now What ?! – dont les premiers échos étaient plutôt positifs – j’ai eu envie de renouer avec les vieux briscards du Hard Rock. Et bien m’en a pris.

On le sait, ça fait belle lurette que Ian Gillan n’a plus les capacités vocales d’antan. De ce fait, la musique que propose à présent Deep Purple est plus posée, permettant au chanteur de ne plus pousser sa voix et de montrer qu’ainsi il a toujours de beaux restes. Ne vous attendez pas à une intro pétaradante façon « Speed King », « Highway Star » ou même « Ted The Mechanic ». En effet, l’intro douce de « A Simple Song » nous ferait plus penser à du Dire Straits. Mais contrairement à Mark Knopfler et sa voix monocorde, Deep Purple n’a pas l’intention de nous endormir et bien vite Morse, Airey, Paice et Glover font monter la sauce. Le titre se transforme en Rock bien Hard mais où la voix de de Gillan reste mesurée. Paice et Glover donnent un côté groovy à « Weirdistan » tandis que les claviers d’Airey sonnent bons les années 70. La dernière recrue du Purple prouve bien qu’il était l’homme de la situation et les titres regorgent de ses interventions jubilatoires que ce soit sur le plan rythmique (les rugissements de l’orgue) ou soliste. Après tout, après Jon Lord, le ‘clavieriste’ ultime du Hard Rock c’est sans doute bien lui (rappelons qu’il a officié auprès de Rainbow, Gary Moore, Ozzy Osbourn, Whitesnake… etc que ce soit comme membre officiel ou musicien de studio).

« Out Of Hand » rappelle les grandes heures de l’époque Perfect Strangers. Ce titre sombre et lourd avec ses interventions ponctuelles de violons-synthés n’aurait pas dénoté auprès de « Knockin At Your Back Door » ou la chanson-titre de l’album. Sur un rythme plus rapide « Hell To Pay » servira de single à l’album. S’il semble taillé pour faire réagir le public lors du refrain, je lui trouve un côté passe-partout qui le rend moins mémorable que d’autres titres. Ian Paice sort ensuite un riff de batterie sur « Body Line » qui pourrait presque rendre jaloux Jeff Porcaro lui-même. On retrouve sur ce titre le côté fun, sexy et un peu funky que Deep Purple a souvent pu avoir sous Gillan. Tout le groupe semble s’y donner à coeur joie et Morse et Airey s’offrent de petits solos comme à la grande époque de Blackmore et Lord. Avec « Above And Boyond », on tient un des grands moments de Now What ?!. Un riff pachydermique sur lequel Don Airey vient poser de superbes parties claviers. Le tout sonne très Rock Progressif des années 70’s mais en plus Hard. Le chant de Gillan est magnifique et prouve que, s’il a longtemps été considéré uniquement comme un hurleur, il est avant tout un grand chanteur.

Ambiances plus calmes ensuite avec « Blood From A Stone » qui oscille entre une Pop/Rock jazzy à la Steely Dan et quelques interventions plus Hard. Surprenant mais réussi. Le chant de Gillan, plus grave qu’à l’accoutumé y est à nouveau très maîtrisé. A noter un superbe solo de piano électrique de Don Airey. Comme « Above And Beyond », « Uncommon Man » est dédié à Jon Lord décédé l’année précédente. Après une intro très ‘Pink Floyd’ avec une guitare qui pleure sur fond de nappes de synthés, quelques figures inspirées de « Fanfare For The Common Man » d’Aaron Copland, le titre se révèle un mid-tempo puissant rempli de mélancolie. Le titre fait à nouveau la part belle à Don Airey lors d’un joli solo où plane l’ombre du grand Lord qui a dû être fier de son successeur. « Après Vous » est un mid-tempo très efficace et entraînant qui permet au groupe de s’éclater et à nous de jubiler en les écoutant. Le titre prend encore une dimension supplémentaire avec son break instrumental qui fait penser à de l’électro mais en mieux et où Morse et Airey nous font un duel du feu de dieu pendant que Paice et Glover tiennent la baraque avec un groove impeccable. Après cela, « All The Time In The World » apparaît comme manquant d’envergure, même s’il reste plaisant. Si on a rarement vu Deep Purple aller dans le terrain de l’horreur et du fantastique (c’était plus le créneau de Led Zep, Sabbath ou Uriah Heep), il le font ici avec l’humour qui les caractérise sur « Vincent Price », un titre aux ambiances maléfiques façon vieux films d’horreur. Normal: Vincent Price était l’un des acteurs spécialistes du style. Le résultat est plutôt réussi et divertissant.

Now What ?! est donc un retour en force pour Deep Purple. La longue pause semble avoir été bénéfique pour les musiciens qui ont eu le temps de recharger leurs batteries et retrouver l’inspiration. Cela dit, le fait d’avoir pour la première fois collaboré avec le producteur et compositeur Bob Ezrin (capable d’avoir tiré le meilleur d’Alice Cooper, Kiss ou Pink Floyd) n’est certainement pas étranger dans cette réussite. On peut donc sans trop de mal considérer l’album comme leur meilleur du troisième millénaire et même, pourquoi pas, le voir comme l’un des plus solides depuis leur reformation dans les années 80.

Tracklist:
1. A Simple Song
2. Weirdistan
3. Out Of Hand
4. Hell To Pay
5. Body Line
6. Above And Beyond
7. Blood From A Stone
8. Uncommon Man
9. Après Vous
10. All The Time In The World
11. Vincent Price

Musiciens:
Ian Gillan: Chant
Steve Morse: Guitare
Don Airey: Claviers
Roger Glover: Basse
Ian Paice: Batterie

Producteur: Bob Ezrin