MAGOYOND2

Pour commencer, je dois vous avouer que j’éprouve quelques difficultés à vous définir. Magoyond est-il une bande de geeks qui fait de la musique, ou un groupe de musiciens amateurs de culture populaire ?

Mago : Les deux mon capitaine. Certains d’entre-nous sont clairement bercés par la culture geek avant d’être musiciens, d’autres sont musiciens et ont été aspirés par la culture geek. On est tous un peu geek, que ça soit des jeux vidéos, du son, des instruments… Ce qui est certain, c’est que le groupe est né avec une volonté de faire de la musique sympa, en racontant des histoires faisant partie intégrante de la pop culture.

Est-ce bien raisonnable d’inviter vos auditeurs sous votre chapiteau des supplices en sachant que certains n’en sortiront jamais ?

MEMBRE ASPICMago : Ce qu’on espère, c’est qu’ils n’en sortiront jamais ! Le chapiteau est une sorte de métaphore de notre univers : dès que tu rentres, t’es foutu, tu rejoins notre Horde et on est copain pour l’éternité.

Votre musique se situe entre Le Grand Orchestre du Splendid et Diablo Swing Orchestra. N’est-ce pas un grand écart dangereux pour la santé ?

Mago : Horreur, malheur. J’espère qu’on est plus du côté de Diablo Swing, Alice Cooper ou Lordi que du Splendid, mais oui, il y a une volonté de chanter des trucs festifs (ou pas), en français, sur fond de mort et de désolation. On a conscience qu’on est un peu un OVNI, qu’on rentre difficilement dans des cases… mais c’est justement ce grand écart-là qui nous plait.

Les paroles de vos chansons s’appuient sur de l’humour noir et des jeux de mots sans doute incompréhensibles aux auditeurs de RTL et de NRJ. Ne vont-elles pas vous couper d’un certain public ?

Mago : Tous les conseils que l’on a reçus (chanter en anglais, faire des chansons plus simples…) on ne les a jamais suivis. Sans dire que nous essayons de relever le niveau, quand on écrit des chansons, on essaye de le faire convenablement, en jouant avec ce que nous offre la langue française. Notre musique n’est pas intello, elle est juste un peu référencée comme beaucoup de chansons dans le Metal. Sauf que là on peut plus facilement comprendre les paroles, ce qui en rebute plus d’un(e) ! Du coup, si on se coupe de gens qui n’adhèrent pas à ça, on ne va pas en mourir. D’ailleurs, on est déjà mort, ce qui est assez pratique dans ce cas-là.

Dans « Respawn (Noob Special), vous vous en prenez aux joueurs débutants de MMORPG à la manière de la série Noob. N’est-ce pas cruel de vous moquer d’eux ? Il faut bien commencer un jour, non ?

MEMBRE MAGOMago : On l’avait déjà fait dans G33K, sur notre premier album, et on réitère avec Respawn. Il faut voir par là une sorte d’hommage à nos potes… et beaucoup d’auto-dérision ! Sur internet, les gens se charrient, parodient, balancent des conneries : ça fait rire avec un certain fond de vérité. On fait un peu pareil, on s’en prend à tout le monde dans nos chansons, on balance des petits tacles par-ci par-là. Plus que les geeks, on s’en prend à l’Humain, le terrain de jeu est encore plus vaste et ça laisse à réfléchir sur des sujets plus graves.

Dans le clip qui illustre ce titre, on voit votre guitariste imiter Yngwie Malmsteen (jeune) jusque dans ses vêtements et ses solos néo-classiques. Où se trouve votre originalité ?

Mago : Probablement au fond d’une fosse commune, là où ont été rangés les sous-cultures, le rock, le metal, les films de série B, les trucs de geeks et autres bizarreries de ces 50 dernières années ! Ce groupe est un rejeton de tous ces trucs-là, nourri à la SF, au fantastique et aux parcours (bien différents) des musiciens. Parfois on s’inspire, parfois on rend hommage ou on parodie… On n’a pas vraiment de limite. C’est peut-être ça notre originalité ?

Votre nouvel album, Kryptshow, évoque à la fois les Contes de la crypte et le grand-guignol. Magoyond est-il un groupe de shock rock amateur de littérature fantastique ?

Mago : Tu as tout dit. Les Contes de la Crypte, c’est cette invitation à rentrer dans des histoires étranges, avec ce conteur complètement farfelu. Ça m’a évidemment beaucoup inspiré. Ce qui est intéressant dans le théâtre grand-guignol, c’est cette capacité à faire vivre des histoires macabres au public… puis se faire applaudir à la fin. On a ajouté la dimension musicale à ces concepts. On joue beaucoup sur les ambiances, mais pour le coté shock, il nous manque encore les litres de sang déversés sur scène. À une époque on aurait pu, mais on laisse ça à GWAR. Nous, on dit des conneries, on incite à se massacrer, on contrepète (parfois) et on invite à copuler avec des zombies. C’est autre chose !

MEMBRE NOBRUVous vous permettez d’adapter en version rock « Le Pudding à l’Arsenic » (reprise de la chanson d’Astérix et Cléopâtre en 1968). Est-ce bien raisonnable de s’attaquer à un art mineur comme le dessin animé, surtout français ?

Mago : C’est vrai que ce n’est pas rendre service à cette petite production inconnue que de massacrer un de ses titres. Mais bon, on l’a fait car on est machiavélique et sans âme. Et aussi parce que la chanson collait parfaitement bien avec notre univers. Au passage, les ayants droit du morceau original ont apprécié notre travail, et ça, ça fait chaud au cœur. On fait très peu de reprises, mais là ça tombait sous le sens et ça permettait de rendre hommage à un autre aspect de la culture pop francophone.

Avec « Le Croque-Mitaine », vous vous en prenez aux comptines enfantines. Mais que vous ont fait les enfants ?

Mago : Rien. En vrai on s’en fiche des enfants. Nous, ce qui nous importe, c’est que le Croque-Mitaine ne crève pas la dalle. Vous savez que c’est une espèce en voie de disparition ? Ce genre de cause nous concerne.

Avec « Les Fossoyeurs », « L’Armée Damnée » ou encore l’instrumental « Krypshow », vous déversez des riffs épais et lourds à des auditeurs qui ont été bercés par « Vegas Zombie » ou « Le Magasin des Suicides ». Ne craignez-vous pas de les effrayer ?

Mago : Disons que ça fait partie du processus de zombification. Il faut attendrir les oreilles et le cerveau, puis le broyer à coup de gros riffs. Avec ça, tu comprends qu’on ne se limite pas à faire des chansons dans un seul style : on fait varier l’intensité des morceaux, les instruments, les styles, l’ambiance ou l’accordage en fonction de ce qu’on a à raconter, histoire que ça soit cohérent.

Vous avez lancé ce nouvel album grâce à une campagne de crowdfunding. Existe-t-il réellement des gens pour soutenir une entreprise qui sort autant de l’ordinaire ?

Mago : Il faut croire qu’ils existent ! Depuis le début, nous rassemblons une horde qui grandit sans cesse et qui est hyper présente pour nous. Sans eux nous ne pourrions pas faire tout ça, ou du moins pas « comme ça ». Il y a une générosité et une fraternité incroyable chez les zombies. C’est pour ça qu’on a créé la Société Protectrice des Zombies, qui encadre le groupe !

MEMBRE VITOVotre univers est adapté en livre illustré par Elian Black’Mor & Carine-M (encore des gens qui se cachent derrière des pseudonymes). Votre œuvre n’est-elle pas suffisamment visuelle pour que vous soyez obligés de faire appel à eux ?

Mago : Nous avons fait appel au studio Arsenic et Boule de Gomme car nous avons la passion des monstres en commun. On s’est tout de suite très bien entendu, et quand des gens qui ont des pseudos s’entendent bien, il en résulte souvent des choses sympa ! Ils ont donc travaillé sur les illustrations de KRYPTSHOW car nous voulions aller plus loin dans la représentation graphique de notre univers, chose qui est primordiale pour nous. Jusqu’à cet album, Nobru et moi faisions tout le graphisme. Mais un tel projet (un double album tout de même) oblige à se remettre en question et à évoluer. Et nous ne regrettons pas du tout notre choix ! Le visuel de MAGOYOND a pris une teinte plus noire, plus comics/cinématographique, en adéquation avec l’album et l’orientation du groupe.

Finalement, que pouvez-vous dire pour votre défense ? Vous n’allez quand même pas présenter ce spectacle sur la route ?

Mago : Non. Jamais. D’ailleurs nous ne jouerons pas du tout à Paris le 19 octobre 2019 lors du Festival Naheulbeuk, ni à Nantes le dimanche 17 novembre 2019 à la convention Art To Play. Vous vous rendez-compte, si des Maudits comme nous déversions le Virus Z sur une foule d’humains ? Qui sait ce qu’il se passerait… Quoi que, ça serait drôle ! Enfin… moi ça me ferait rire.

Merci !

 

 

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