Sonata-Arctica-Talviyo-1024x1024

Bon, disons le tout de go, ceux qui caressaient l’espoir de retrouver le Sonata Arctica des débuts peuvent continuer à caresser.
Le groupe est depuis longtemps passé à autre chose et n’entend plus revenir à ses premières amours. Le temps où les finlandais déboulaient dans l’univers alors en pleine ascension du Power Metal avec un Ecliptica (1999) speed et ébouriffant, n’est plus et il faudra soit faire avec pour les fidèles ou sans si vous avez décroché après Reckoning Night (2004). Ce quatrième opus marquait effectivement la fin de la première ère musicale des finlandais qui dès Unia (2007) ont choisi de prendre un tournant plus progressif. A partir de là, le groupe, décrié, perd une grosse partie de sa fan base, certains critiques allant jusqu’à qualifier ce choix musical de « suicide commercial ».

Pour autant Tony Kakko, chanteur, claviériste et principal compositeur, assume parfaitement et après un Stones Grow Her Name (2012), disque d’or en Finlande, le groupe commence une troisième vie avec Pariah’s Child (2014) qui se veut plus ou moins un retour au sources mais qui recevra un accueil mitigé compte tenu d’un manque évident d’inspiration dû peut être à une conception faite dans l’urgence. The Ninth Hour (2016) est plus convaincant et voici donc, trois ans plus tard et vingt après Ecliptica, Talviyö qui signifie nuit d’hiver, thème cher à Tony Kakko et au centre de la plupart des réalisations de Sonata Arctica.

Pour cet opus anniversaire, le groupe a pour la première fois fait appel à un producteur extérieur, Mikko Tegelman pour épauler le bassiste Pasi Kauppinen.
Franchement, même si ce n’est pas catastrophique, on aurait pu espérer beaucoup mieux d’un album enregistré presque totalement en condition live, sauf pour le chant. Si la basse est vraiment bien rendue, la batterie de Tommy Portimo est en retrait et fait ici figure de parent pauvre, les guitares manquent de clarté. Quant au chant de Tony Kakko que j’aime beaucoup normalement, son côté nasillard se voit renforcé. Bref le tout manque de profondeur et d’égalité de traitement.

On s’en rend compte dès « Message From The Sun » qui fait un peu chant de Noël avec une intro assez mièvre. C’est pour moi l’un des morceaux les plus faibles de l’album (avec le long et décousu « The Raven Still Flies with You » suivi de l’inutile et soporifique « The Garden » en fin d’album) et j’ai vraiment failli avoir peur, mais heureusement les huit autres pistes se révèleront à la hauteur de ce que j’attendais.
Avec « Whirlwind », annoncé par un vent d’hiver et un riff lourd de guitare présent tout au long d’un titre émouvant, marqué par un très joli break progressif et des guitares acoustiques, on retrouve le Sonata que j’aime, avec son sens de la mélodie, reconnaissable entre mille.

De manière générale les compositions sont bien construites, riches en arrangements, les nuances progressives sont toujours là même si elles sont moins évidentes et le talent créatif de Tony est incontestable. Effectivement, le chanteur a écrit tout l’opus et sa patte fait toujours des merveilles.
En témoigne « Storm the Armada » au tempo assez lent (ce n’est pas une ballade) enrichi par des chœurs féminins, des orchestrations symphoniques en fond et une belle ligne de basse essentielle ici.
Le génial et enlevé « Ismo’s Got Good Reactors », un instrumental speed, se distingue complètement des autres titres de l’album et surprend en mélangeant sonorités orientales japonisantes et russes et offre un très beau duel de claviers/guitares.
Effectivement si les guitares d’ Elias Viljanen sont évidemment à l’honneur, (avec également de nombreux très jolis passages acoustiques) les claviers, instrument de prédilection de Tony et autre marque de fabrique du groupe marquent de leur empreinte toute la galette, qu’ils soient modernes avec ce son agaçant que personnellement je n’aime pas (« Storm the Armada ») ou passant par de jolies notes de piano.
Ces claviers sans être envahissants apportent de la délicatesse sur les titres les moins metal de l’album, voire presque pop (ce n’est pas péjoratif) comme « Cold », le deuxième single ou « Who Failed the Most », qui font assez années 80 mais dotés d’une mélodie prenante.
Mais là où je les préfère, c’est sur « Demon’s Cage » pour moi l’un des meilleurs morceaux de Talviyö. Ils mettent en valeur une composition qui souffle le chaud et le froid avec des passages tour à tour agressifs ponctués par des riffs de guitare incisifs où plus légers notamment sur les breaks où la voix de Tony a enfin le traitement trop rare qu’elle mérite. Dommage que ce soit si bref.

Par ailleurs et pour finir, Caleb, personnage récurrent dans les albums de Sonata Arctica, aux graves troubles mentaux, fou d’un amour malsain et criminel pour une femme, fait son retour avec la belle et profondément triste ballade « The Last Of The Lambs », pour le septième épisode de la saga commencée avec « End of this Chapter » (Silence, 2001), et dont certains établissent la chronologie suivant cet ordre: Caleb (Unia, 2007), « Till Death’s Done Us Apart » (Ninth Hour, 2016), « End of this Chapter », « Don’ t Say a Word » (Reckoning Night, 2004), et « Juliet » (The Days of Gray, 2009). Pour Tony Kakko, en revanche plus qu’une histoire à part entière c’est davantage une « murder ballad » traitant de la tragédie humaine et de la jalousie.

Voilà pour ce dixième album d’un groupe qui malgré les nombreuses critiques qu’il subit depuis qu’il a abandonné le Power Metal, continue à me surprendre. Talviyö n’est pas exempt de défauts mais si on ne reste pas focalisé sur ses faiblesses, on tient un album cohérent, homogène avec des compositions de grande qualité. En tout cas, pour moi il faut cesser de ramener Sonata Arctica à ses débuts, ce groupe a su montrer qu’il était capable de prendre des risques et n’en déplaise à certains, cela est préférable à l’autoplagiat dans lesquelles s’enferment de nombreuses formations par peur d’évoluer.

Tracklisting:
1. Message From The Sun
2. Whirlwind
3. Cold
4. Storm The Armada
5. The Last Of The Lambs
6. Who Failed The Most
7. Ismo’s Got Good Reactors
8. Demon’s Cage
9. A Little Less Understanding
10. The Raven Still Flies with You
11. The Garden

Musiciens:
Elias ViljanenGuitare
Tommy PortimoBatterie
Tony Kakko – Chant, claviers
Pasi Kauppinen – Basse
Henrik KlingenbergClaviers

Producteur: Mikko Tegelman et Sonata Arctica

Label: Nuclear Blast

Date de sortie: 6 septembre 2019

Publicités