0000287219On entre dans les 80’s et REO SPEEDWAGON sort Hi Infidelity, son 9ème album studio. Le disque précédent, Nine Lives, avait obtenu un succès modéré, alors qu’il avait clôturé brillamment les 70’s, mettant en avant la facette la plus foncièrement Hard Rock et sans concession du groupe de l’Illinois, puisqu’on n’y a pas trouvé la moindre ballade.

Aussi, lorsqu’est sorti Hi Infidelity en 1980, les personnes qui s’étaient entichées de Nine Lives ont été certainement décontenancées puisque le 9ème album de REO SPEEDWAGON est nettement plus orienté AOR/Hard FM, voire Soft-Rock et, il faut le dire, plus accessible au grand public. On recense sur cet opus renfermant 10 titres pas moins de 4 ballades. Alors, bien sûr, il y a de quoi faire fuir les amateurs de Rock n’ Roll sans compromis, de Hard Rock qui tâche. Ceci dit, il serait trop facile de faire un procès au groupe, d’autant que celui-ci avait déjà annoncé la couleur dès 1978 avec You Can Tune A Piano But You Can’t Tuna Fish. Avec du recul, on pourrait donc considérer Hi Infidelity comme la suite logique de You Can Tune A Piano…Nine Lives intercalé entre ces 2 disques pouvant faire office d’album de transition (toutefois, il reste toujours mon disque préféré d u groupe).

Et qu’on ne s’y trompe pas: si REO SPEEDWAGON a proposé un disque plus facile d’accès, il faut reconnaître 2 choses au groupe: d’une part, il excelle dans l’exercice du Soft-Rock, de l’AOR et l’art de composer des titres aux mélodies efficaces, qui se retiennent. D’autre part, la bande à Kevin Cronin met à point d’honneur à mettre son empreinte personnelle car elle a une vraie personnalité. Le titre d’ouverture, « Don’t Let Him Go », est un bon exemple du savoir-faire du combo de l’Illinois: montée en puissance durant les premières secondes, puis le refrain, aisément mémorisable, vous saute à la gorge, tandis que les interventions de Gary Richrath à la guitare et de Neal Doughty aux claviers contribuent à élever ce morceau AOR tirant vers le Soft-Rock. Pour faire plus simple, on a là affaire à du Rock mélodique de haute volée. Sur le mid-tempo « Follow My Heart », le groupe oeuvre dans le Hard mélodique tout en injectant de légères touches bluesy et si l’ombre des 70’s est encore présente, on est impressionné par la performance vocale de Kevin Cronin, impérial derrière le micro, par les musiciens parfaitement synchros entre eux (on sent un vrai travail de cohésion), ainsi que par le final de toute beauté sur le plan mélodique. A propos de 70’s, on mentionnera « Out Of Season », un mid-tempo Classic-Rock que le groupe a su personnaliser avec sa propre touche et son sens de la mélodie qui rend l’ensemble addictif, les quelques nappes de claviers présentes se faisant discrètes, mais élégantes. Si REO SPEEDWAGON a obliqué vers un Rock plus mélodique, il n’a pas pour autant renié ses racines Hard Rock, comme l’attestent « Tough Guys » et ses riffs mordants (peut-être le titre le plus accrocheur du disque) et « Someone Tonight », qui se situe dans la lignée de ce que le groupe a fait sur Nine Lives, mais avec une touche AOR plus exacerbée.

Enfin, parlons des ballades. Comme cela a déjà été dit, il y a 4 ballades, ce qui fait beaucoup sur un album de 10 titres, d’autant qu’il n’y en avait aucune sur le précédent disque. La plus connue des 4 est « Keep On Loving You », qui s’est classée n°1 aux USA (et accessoirement 2ème au Canada, 7ème en Grande Bretagne). Bon, si cette ballade au piano a nettement contribué à faire de Hi Infidelity un énorme carton et a, paraît-il, permis à plusieurs couples de se former en Amérique du Nord, elle est quand même la moins réussie de toutes car trop sucrée, trop variétisée en dépit d’un refrain qui reste ancré dans les mémoires. D’autre part, les guitares sont un peu trop discrètes et cette ballade arrive trop tôt sur l’album puisqu’elle est postée en seconde position (tiens, on se retrouve dans la même configuration que sur You Can Tune A Piano…). L’autre ballade à succès du disque est « Take It On The Run », qui s’est classée 5ème aux USA (et 4ème au Canada): cette ballade acoustique, à la base quelconque, hyper-simple, se retrouve dopée par les interventions de Gary Richrath à la six-cordes (pfiou, ce solo qui tue !) et un refrain addictif qui lui confèrent un niveau acceptable. La meilleure ballade du disque, à mes yeux, est « I Wish You Were There », délicieusement retro avec son fort parfum 60’s, les parties de gratte de Gary Richrath qui débordent de feeling, d’émotion, sa trame mélodique qui prend aux tripes. Et curieusement, cette ballade touchante, pleine de nostalgie, n’est jamais sortie en single, alors qu’elle avait un sacré potentiel. Dans un registre très proche, « In Your Letter », aux forts accents 50’s/débuts 60’s, dégage une pointe de romantisme, d’insouciance, mais s’avère moins prenante que « I Wish You Were There » car plus légère (elle s’est classée 20ème aux USA, mais son impact fut moindre).

Le virage des 80’s a été bien négocié par REO SPEEDWAGON. Si certains regretteront l’évolution musicale vers des sphères plus AOR/Soft-Rock, on ne peut toutefois nier l’efficacité du groupe pour pondre de nombreux refrains qui font mouche, sans oublier les solos de Gary Richrath de toute beauté qui tirent les chansons de REO SPEEDWAGON vers le haut. Et dans le domaine de l’AOR, REO SPEEDWAGON est plutôt habile. Toujours est-il qu’avec Hi Infidelity, le quintette de l’Illinois a décroché le jackpot puisque, outre les 2 ballades citées plus haut qui ont atteint le Top 5 US, 2 autres titres ont pénétré les hit-parades US avec « In Your Letter » (20ème) et « Don’t Let Him Go » (24ème). Quand à l’album, il a lui aussi atteint la 1ère marche du Billboard Top 200 qu’il a squatté durant 15 semaines en 1981. Il a également permis à REO SPEEDWAGON de percer au-delà des USA puisque ledit album s’est classé n°1 au Canada (où il a été certifié 5 fois platine), 6ème en Grande Bretagne (disque d’argent là-bas), 7ème aux Pays Bas, 13ème en Suisse, 18ème en Allemagne. Meilleure vente de l’année 1981, Hi Infidelity s’est écoulé à ce jour à 10 millions d’exemplaires aux USA et a permis à REO SPEEDWAGON de se faire une place aux côtés des poids lourds du Rock Américain, du Classic-Rock international. Il est juste dommage que ce soit le titre intrinsèquement le plus faible de l’album (« Keep On Loving You ») qui ait eu le plus de succès.

Tracklist:
1. Don’t Let Him Go
2. Keep On Loving You
3. Follow My Heart
4. In Your Letter
5. Take It On The Run
6. Tough Guys
7. Out Of Season
8. Shakin’ It Loose
9. Someone Tonight

10. I Wish You Were There

Line-up:
Kevin Cronin (chant, guitare, piano)
Gary Richrath (guitare)
Neal Doughty (claviers)
Bruce Hall (basse)

Alan Gratzer (batterie)

Label: Epic

Producteurs: Kevin Beamish, Kevin Cronin, Gary Richrath & Alan Gratzer

Publicités