R-1595738-1274250656.jpegGrâce à un Difficult To Cure de haut vol, Rainbow a ouvert une nouvelle ère dans sa chaotique histoire. Incontestablement moins Heavy Metal qu’avec Dio, lorgnant vers les nouveautés AOR (Foreigner en tête) mais sans pour autant tourner le dos à leur passé, loin s’en faut. Première pour le groupe, le changement de formation entre deux albums est minime. En effet, seul Don Airey s’en va pour rejoindre Gary Moore. Il est remplacé aux claviers par David Rosenthal. Straight Between The Eyes ne va donc pas présenter de grands changements par rapport à son prédécesseur et affirmera le style de ce qu’on appellera désormais l’ère Turner.

La guitare de Ritchie Blackmore rugit telle une voiture de course et c’est en effet une folle escapade que nous propose Rainbow sur « Death Alley Driver ». Sans atteindre la puissance d’un « Spotlight Kid » sur l’album précédent, nous sommes dans un Hard Rock sévèrement burné et certainement fort éloigné de l’aspect sirupeux et radiophonique auquel on a souvent tendance à résumer l’ère Turner. Après ce titre dynamique où l’héritage purpléien reste présent, « Stone Cold » nous présente un véritable virage à 180 degrés. Titre calme, moelleux et mélodique, il aura probablement déplu aux fans de la première heure, ne voulant pas admettre qu’il s’agissait du même groupe qui avait enregistré « Long Live Rock n Roll » (d’ailleurs c’est exacte: à l’exception de Blackmore, ça ne l’est pas). Et pourtant, l’orgue et le jeu de guitare si caractéristique de Blackmore nous affirme que l’appellation de Rainbow est toujours justifiée. Et puis, avouons que le titre, s’il est sucré, ne tombe pas pour autant dans la guimauve (ce sera pour l’album suivant) et que la mélodie est diablement efficace. Le rythme soutenu de « Bring On The Night (Dream Chaser) » a vite fait de nous ramener vers des territoires plus virils. Cela dit, le titre est gâché par un refrain un peu trop easy listening que n’aurait pas renié Madonna (avec d’autres arrangements bien sûr). En revanche, le mid-tempo un brin bluesey « Tite Squeeze » apporte une touche sexy qu’on n’avait pas l’habitude de trouver chez Rainbow et pour un résultat bien sympathique.

Seconde ballade de l’album, « Tearin’ Out My Heart » est nettement moins AOR que « Stone Cold », plus sombre et plus énervée, quelque part entre Blues et Néo-classique et avec bien sûr de jolis solos de guitare. Sans être un chef d’œuvre, « Power » offre un moment de Hard Rock bien sympathique avec un riff crasseux que n’auraient pas renié les Stones et un refrain qui va lorgner du côté de la Soul. Avec son riff très purpléien, « MISS Mistreated » (avec des majuscules pour insister qu’il ne s’agit guère du classique de l’ancien groupe de Blackmore) est un des temps forts de Straight Between The Eyes. Un mid-tempo Hard Rock qui partage malgré tout avec son presque homonyme une ambiance assez mélancolique. Plus rentre-dedans, « Rock Fever » porte plutôt bien son nom et s’inscrit comme un véritable brûlot Hard Rock, moins typé 70’s et qui n’aurait pas déplu au Kiss de l’époque Creatures Of The Night. « Eyes Of Fire » démontre une fois de plus la volonté de Ritchie Blackmore de composer des titres orientalisants. Son aspect épique, exacerbé par un ensemble de cordes, en fait, assez ouvertement, le petit frère de « Gates Of Babylon », même s’il est évident que le titre – bien que très réussi – n’est pas du niveau de ce qui reste le chef d’œuvre du groupe.

Sans être d’un niveau aussi élevé que Difficult To Cure, Straight Between The Eyes n’a clairement pas à rougir à sa suite. Évidemment certains, restant sur le succès de « Stone Cold », le qualifieront d’album AOR. Or, une écoute complète de l’album comme nous venons de le faire révèle que cela est on ne peut plus faux. Certes la voix de Joe Lynn Turner donne à l’ensemble un rendu plus radiophonique (c’était du reste la volonté de Blackmore), mais la patte de Rainbow reste néanmoins bien présente et le résultat demeure ouvertement Hard Rock avec même des clins d’œil au passé du groupe. Bref, même si l’on peut comprendre que certains lui préfèrent les classiques de l’ère Dio, Straight Between The Eyes s’impose comme un très bon album de Rainbow.

Tracklist:
1. Death Alley Driver
2. Stone Cold
3. Bring On The Night (Dream Chaser)
4. Tite Squeeze
5. Tearin’ Out My Heart
6. Power
7. MISS Mistreated
8. Rock Fever
9. Eyes Of Fire

Musiciens:
Joe Lynn Turner: Chant
Ritchie Blackmore: Guitare
Roger Glover: Basse
David Rosenthal: Claviers
Bobby Rondinelli: Batterie

Producteur: Roger Glover

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