R-3939988-1416765615-5819.jpegLe succès en 1983 du Pyromania de Def Leppard poussa bon nombre de groupes de NWOBHM (sous la pression de leur maison de disque ou non) à adopter un son plus lisse, plus commercial, provoquant les foudres de légions d’hardos. Si dans certains cas leur fureur était justifiée, dans d’autres elle apparait comme un témoignage de mauvaise foi. Il serait en effet temps que trente-cinq ans après certains acceptent d’écouter à nouveau des albums comme Innocence Is No Excuse de Saxon ou Play Dirty de Girlschool pour se rendre compte que ceux-ci sont en réalité excellents. Dans le cas du Play Dirty qui nous occupe aujourd’hui, on pourrait même considérer qu’il s’agit du meilleur album du mythique girlband. La production avait en plus été confiée à Noddy Holder et Jim Lea, les deux têtes pensantes de Slade, offrant ainsi une qualité qui avait parfois fait défaut à leur albums précédents.

Alors oui, il y a des touches de synthés lors de l’intro de « Going Under », de la réverb sur la batterie, mais les guitares sont loin d’être absentes. Et bien que fort mélodique, moins rageur que ce à quoi elles nous avaient habitués, le titre est tout simplement énorme avec un très beau travail sur les voix. C’est ensuite une composition de leurs producteurs (qui l’enregistreront sur leur album à eux, un mois plus tard, The Amazing Kamikaze Syndrome) qui enchaîne harmonieusement. C’est certes une petite sucrerie, mais Lea et Holder savent composer des titres imparables et celui-ci en est sans conteste un. Le mid-tempo Hard Rock « Play Dirty » aurait pu être un tube tant on pense aux meilleurs titres de Def Leppard, « Armaggedon It » en tête (qui ne sortira pourtant que quatre ans plus tard). La reprise du « 20th Century Boy » de T.Rex pourrait apparaître comme anecdotique tant on sent que l’enregistrement de ce classique a été fait dans l’espoir d’avoir un tube. La maison de disque aurait mieux fait de faire confiance au matériel du groupe qui était parfaitement à la hauteur plutôt que sortir du réchauffé. Cela dit, la performance par Girlschool de ce qui a certainement été un de leurs hymnes d’adolescence, est plus que convaincante. « Breaking All The Rules » permet de montrer que le groupe peut encore nous sortir de vraies locomotives Heavy, quand bien même l’on sent l’influence de Slade par moments. Peut-être aurait-il mieux valu mettre ce titre en tête d’album, les puristes auraient été moins échaudés.

C’est une autre composition de Lea et Holder que Girlschool enregistre avec « Burning In The Heat » et une nouvelle fois il est difficile de ne pas succomber à ce petit bijou de Hard Rock mélodique. Et ce n’est pas avec « Surrender », malgré ses discrets claviers, qui va faire baisser la qualité, que du contraire. Quant à « Rock Me Shock Me », il est tout à fait dans la lignée des bons morceaux de Hard US qui sortaient à l’époque. « Running For Cover » reprend des recettes déjà employées fréquemment durant l’album, le rendant moins marquant, mais sans que sa qualité soit prise en défaut. Enfin, le bien rageur « Breakout (Knob In The Media) » termine l’album sur une note survoltée et bienvenue.

En bonus, nous avons droit à des titres de l’Ep 1-2-3-4 Rock And Roll qui permettent de retrouver Girlschool avec un son plus rugueux (mais aussi moins bon). « 1-2-3-4 Rock And Roll » fait partie de cette flopée de titres sorties avec le mot « Rock » et une batterie prononcée dans l’espoir d’en faire un tube à la « We Will Rock You » ou « I Love Rock n Roll ». Le titre est sympa, mais manque dans refrain suffisamment marquant. Il aurait sans doute mieux marché au début des 70’s pour concurrencer les Sweet, Slade et autres Suzi Quatro. Le réenregistrement de « Don’t Call It Love » (titre présent sur Screaming Blue Murder) n’était peut-être pas nécessaire, mais il s’agit d’un mid-tempo fort agréable. Il faut avouer également que la reprise du « Tush » de ZZ Top leur convient fort bien. La chute de studio « Like It Like That », un Hard Rock mélodique bien accrocheur, aurait mérité d’être sur l’album final. Ouf, l’erreur est aujourd’hui réparée.

Les difficultés financières de leur label empêcha Play Dirty de recevoir la promotion qu’il méritait. Peut-être le choix de « 20th Century Boy » comme premier single n’était pas non plus le meilleur. Enfin, le fait que les filles de Girschool n’étaient pas aussi jolies (à l’exception de Kelly Johnson qui – comme par hasard – chante les titres sortis en singles ou ayant pu l’être) que celles des Bangles, Go-Go’s ou Runaways n’a hélas pas dû jouer en leur faveur dans cette décennie dominée par MTV. Conséquence, la popularité du groupe, déjà fragilisée, déclina, et Kelly Johnson quitta le groupe, leur faisant entamer un long chemin de croix. Play Dirty ne sera donc jamais un Pyromania au féminin, mais il avait toutes les qualités pour l’être.

Tracklist:
1. Going Under
2. High & Dry
3. Play Dirty
4. 20th Century Boy
5. Breaking All The Rules
6. Burning In The Heat
7. Surrender
8. Rock Me Shock Me
9. Running For Cover
10. Breakout (Knob in the Media)
11. 1-2-3-4 Rock ‘n’ Roll (bonus)
12. Don’t Call It Love (bonus)
13. Tush (bonus)
14. Like It Like That (bonus)
15. 1-2-3-4 Rock ‘n’ Roll (12″ extended version – bonus)

Musiciens:
Kim McAuliffe: Chant (3, 5, 7-15), guitare
Kelly Johnson: Chant (1, 2, 4, 6), guitare
Gil Weston: Basse
Denise Dufort: Batterie

Producteur: Jim Lea & Noddy Holder

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