CactusAprès la séparation de Vanilla Fudge, groupe phare de la scène psychédélique américaine et l’un des fondateurs du Hard Rock, la section rythmique du groupe – le batteur Tim Bogert et le batteur Carmine Appice – envisagent de se joindre au Jeff Beck Group. Mais les relations entre Beck et Rod Stewart se détériorent, et l’accident de voiture du guitariste (qui l’empêchera de se produire à Woodstock), met un terme à cette idée. Désireux de rebondir, Bogert et Appice décident de former leur propre groupe avec des musiciens américains. Ils choisissent le guitariste Jim McCarty (qui n’a rien à voir avec le batteur des Yardbirds), virtuose issu de Detroit et qui comporte parmi ses fans un certain Ted Nugent. C’est toujours dans l’entourage de Nugent qu’ils recrutent leur chanteur, puisque Rusty Day avait été celui des Amboy Dukes le temps d’un album. Cette association de musiciens talentueux tout comme leur style réciproque leur vaudra le surnom de ‘Led Zeppelin américain’.

Cela dit, si vous espériez trouver exactement l’équivalent américain de Led Zeppelin, vous risqueriez d’être un peu déçus. D’une part parce que l’album présente aussi des influences Boogie (« Let Me Swim », « Oleo »)  ou Southern Rock (« Bro. Bill ») que n’avaient pas la bande de Jimmy Page. De l’autre parce que le groupe manque de morceaux marquants, de ces hymnes Rock qui permettent de traverser le temps. Le seul à pouvoir prétendre à cela est la reprise de « You Can’t Judge A Book By The Cover ». Comme Led Zep et le Jeff Beck Group, Cactus a en effet compris que le répertoire de Willie Dixon était propice à des adaptations Hard Rock et ils ne se sont pas trompés. Arpèges subtiles auxquels succèdent des riffs de plomb. L’harmonica est de sortie et la paire Bogert-Appice prouve (comme sur tout le disque d’ailleurs) qu’elle est une des meilleures des années 70. L’autre titre généralement mis en valeur de cet album est la seconde reprise, de Mose Allison cette fois, « Parchman Farm ». Ce titre qui ouvre l’album comme une furie montre d’emblée le talent de chaque instrumentiste, en particulier Jim McCarty dont la virtuosité n’a rien à envier à celle de Ritchie Blackmore et Alvin Lee. Cela dit, cette débauche de virtuosité des quatre instruments (puisque l’harmonica est également présent) peut se révéler parfois un peu brouillonne et oppressante.

Sans doute est-ce pour permettre à l’auditeur de se remettre que le second titre est l’acoustique très typé Country « My Lady From South Detroit ». Peut-être aussi est-ce un rappel au premier Led Zeppelin dont le deuxième titre était également (partiellement) acoustique. « Bro. Bill » oscille entre Boogie Rock et Southern Rock est possède un capital sympathie indéniable pour son côté débonnaire. Cactus durcit le ton avec « Let Me Swim », un titre qui n’a pas dû laisser les frères Young indifférents, même s’il manque d’un refrain mémorable pour retenir l’attention sur la durée. « No Need To Worry » est une ballade blues à l’ancienne qui met bien en valeur le duo Rusty Day-Jim McCarty. Bien qu’une composition originale, on pourrait la croire sortie du répertoire d’un Howlin’ Wolf. Avec « Oleo », Cactus se lance dans un Boogie Rock rageur martelé par la basse de Bogert (qui se permettra un solo) et où Day & McCarty montrent qu’ils avaient toutes les qualités pour rivaliser avec Page & Plant. Gros riff et titre Blues Rock efficace, « Feel So Good » offre lui un solo à Carmine Appice.

Notons aussi la pochette qui, comme celle du premier Led Zep, présente un symbole phallique plus qu’évident. Au final, ce premier album de Cactus ravira tous les amateurs de Blues Rock et des pionniers du Hard Rock. Cependant il manque malgré tout cruellement de titres phares pour marquer durablement. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui Cactus n’est plus connu que par une poignée de nostalgiques et ne s’est pas imposé comme un incontournable du Rock. Sans pour autant que la qualité de ses musiciens puisse être remise en cause. Mais si ceux-ci pouvaient rivaliser avec Led Zeppelin pour leur virtuosité instrumentale, ils n’avaient malheureusement pas leur talent de compositeurs.

Tracklist:
1. Parchman Farm
2. My Lady From South Of Detroit
3. Bro. Bill
4. You Can’t Judge A Book by the Cover
5. Let Me Swim
6. No Need To Worry
7. Oleo
8. Feel So Good

Musiciens:
Rusty Day: Chant, harmonica
Jim McCarty: Guitare
Tim Bogert: Basse
Carmine Appice: Batterie

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