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Bonjour Thierry et Olivier. Tout d’abord pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Thierry: En quelques mots : je m’appelle Thierry Aznar, j’ai 45 ans depuis quelques jours seulement. Je suis originaire de la ville de Cahors dans le Lot (46) mais installé dans la région Bordelaise (33) depuis 12 ans où j’exerce le métier de Discothécaire. Personnellement, je suis musicien amateur depuis mes premières années au collège et la découverte (révélation) du hard rock durant l’été entre la 6eme et la 5eme. Je suis actuellement chanteur dans le groupe Fastards (Metal/Punk). J’ai également fait un peu de radio durant ma période étudiante et j’écris des chroniques musicales pour le site Cahor’s Rock. Enfin, je peux dire avec une certaine fierté que je suis officiellement auteur depuis 2014, année de sortie des deux premiers volumes de ma trilogie « Hard rock & heavy metal – 40 années de purgatoire ».

Olivier : Je suis un mordu de Rock, et de ses dérivés, depuis que j’ai découvert Noir Désir, les Pixies, PJ Harvey et les émissions de Bernard Lenoir à la grande époque des Inrockuptibles et de leurs Black Sessions sur France Inter. Etant jeune j’ai choisi le Génie Civil aux Beaux-Arts mais ça ne m’a pas empêché de m’adonner aux plaisirs graphique en dilettante et de faire quelques expos quand j’avais une vingtaine d’années. Puis il y a une dizaine d’années, j’ai compris que je n’avais qu’une vie, j’ai monté un groupe de reprises puis j’ai créé la page et le collectif « Cahor’s Rock » pour développer la visibilité des groupes locaux amateurs de Cahors; on a réalisé quelques belles sessions très Rock n’ Roll. Au final, j’ai monté il y a 3 ans une nouvelle formation « Darwine » et me suis mis à la composition. Fan de BD également, notamment de Métal hurlant, et mon maître est le grand, très grand même et regretté, Moëbius !

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Quel est votre premier contact avec Kiss ? Quelle place possède ce groupe dans votre palmarès musical personnel ?
T: Mon premier contact avec Kiss s’est fait vers l’âge de 12 ans avec l’achat en K7 de l’album Kiss Alive II. J’étais fasciné par ce groupe, je trouvais le nom classe et les maquillages déments, il faut dire que j’étais aussi un fervent lecteur des comics Strange et que même si à ce moment-là le lien n’était pas fait dans mon esprit, c’est évident qu’il existait déjà bel et bien. Ce disque et sans doute celui que j’ai le plus écouté dans ma vie, il a tourné en boucle presque ininterrompue pendant au moins 2 ans et je l’écoute toujours de façon régulière avec énormément de plaisir et de souvenirs géniaux. Kiss a donc clairement une place à part dans mon palmarès musical, un truc du genre invité d’honneur permanent même si il n’est pas toujours de bon goût.

O: Certainement à la TV avec le clip de  « I Was Made for Lovin’ You » … Désolé les gars… Je suis obligé d’avouer que je suis principalement tourné musicalement vers le Rock indé, alternatif et punk de la Perfide Albion… Donc KISS n’est pas dans mon palmarès personnel. Comme je suis très curieux, musicalement, j’ai plutôt un palmarès annuel. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des références anciennes comme Bowie, les Doors, les Beatles, les Kinks, … mais je ne suis pas du tout nostalgique des groupes qui ont écrit l’histoire du Rock, je suis en permanence en recherche de nouveautés. Cela dit j’ai forcément beaucoup écouté et apprécié KISS, en lisant et relisant le texte de Thierry et en réalisant les planches du livre. Je n’aurai pas pu les faire sans écouter KISS durant cette période.

Comment est venue l’idée du livre ?
DP_NewYork_Detroit_Kiss (glissé(e)s)T: Plus qu’une idée, je parlerais plutôt d’envie. C’est en lisant tout ce que je pouvais sur Kiss par passion, en français mais surtout en anglais, livres, revues, comics, interview… que je me suis rendu compte que si l’histoire semblait connue dans ses grandes lignes, beaucoup de choses étaient encore soumises à interprétation. Beaucoup d’éléments ne collaient pas entre les diverses versions, je relevais d’énormes invraisemblances chronologiques et contradictions flagrantes, y compris et même surtout dans les livres officiels. Plus je lisais et plus j’essayais de comprendre, de démêler le vraie du faux, plus je me disais que cette histoire était franchement incroyable et ferait un excellent roman. Alors je me suis dit que je pouvais peut-être l’écrire moi-même ce roman et c’est ce que j’ai fait en suivant la principale devise dit Gene Simmons : « si tu veux quelques chose alors fait tout ce que tu peux pour l’obtenir », j’ai suivi ce mot d’ordre et voilà ce livre.

Vous avez choisi de traiter l’histoire comme une fiction. Quand décidez-vous que vous pouvez vous permettre des libertés sur la réalité pour favoriser l’intrigue ?
T: La question ne se pose pas vraiment sous cette forme, je n’ai jamais vraiment décidé de prendre des libertés pour favoriser l’intrigue. L’histoire de Kiss est déjà bien assez incroyable en elle-même. En revanche ce que j’ai essayé de faire, et j’espère que j’y suis parvenu, c’est démêler des moments flous dans l’histoire du groupe et ils sont nombreux durant les premières années de Kiss. J’ai donc forcément dû imaginer certaines séquences et dialogues mais toujours sur la base d’éléments croisés pour, au contraire rendre ce récit le plus plausible possible. En quelque sorte, j’ai mené des enquêtes à chaque fois que cela était nécessaire pour que cette histoire soit logique et vraisemblable dans son ensemble. Je crois donc que même les fans de Kiss qui savent déjà tout sur ce groupe trouveront matière à penser et à réfléchir en lisant ce livre. Pour les autres, ceux qui n’aiment pas spécialement Kiss, ils y trouveront aussi leur compte puisque avec Kiss, ce livre plonge au cœur de New York, parcourt les Etats-Unis et se confronte au business musical très chaud des années 70. Il ne s’agit donc pas que de Kiss mais de toute une époque fascinante. J’ajoute que ce livre raconte cette histoire sans oublier tout ceux dont il est très peu question généralement (Bill Aucoin, Neil Bogart, Sean Delaney, Lydia Criss, Joyce Biawitz…) et qui pourtant ont eu un rôle primordial durant cette première séquence de l’histoire de Kiss, celle que j’appelle, les années de galère entre fin 1972 et début 1976.

Olivier, parle-nous un peu de ton rôle d’illustrateur dans ce projet. Quels choix, quels angles as-tu choisi de privilégier ?chap 02
O: Lorsque Thierry m’a proposé de réaliser les illustrations de son livre, je me suis demandé ce qui n’avait pas encore été fait sur ce groupe de légende. Tout le monde connaît KISS et leur fameuse mise en scène visuelle, tout le monde connaît les maquillages ! Ils ont  vraiment été géniaux sur ce plan. Et puis je n’avais jamais travaillé sur un livre donc c’est déjà une super aventure pour moi. J’ai proposé à Thierry de me concentrer sur les lieux et les personnes qui ont participé à la réussite de KISS, la partie submergée de l’iceberg. J’ai lu le livre de Thierry, à mesure qu’il écrivait les chapitres, comme un lecteur lambda. Des passages, des anecdotes, des personnages ont piqué ma curiosité. Je me suis mis en quête de ces lieux, qui pour beaucoup n’existent plus aujourd’hui, et de ces personnes dans l’ombre de KISS mais qui ont aussi fait leur grande réussite. J’ai passé des heures, des nuits, des mois à fouiller la toile… et même des pages dédiées au commerce du sexe pour trouver l’Unique photo existante du sex-shop où les premiers costumes du groupe ont été achetés ! Le saint Graal. Cette photo est tirée d’un reportage américain des années 70 sur les lieux emblématiques du sexe à New-York de cette époque.
Je crois que ce parti pris était le bon, j’espère que les lecteurs fan (ou non) reconnaitront les passages que j’ai illustrés et qu’ils iront comme moi approfondir ce que Thierry développe dans cet ouvrage. Parce que ce livre est bien au delà de KISS, c’est une vraie saga où tous les personnages sont aussi importants que les membres du groupe. Toutes les personnes illustrées dans ce livre ont fait l’histoire de KISS au même titre que les membres du groupe.

Le livre traite des débuts de Kiss. Est-ce que selon vous c’est leur période la plus intéressante musicalement ? Sinon laquelle ?
T: Sans hésitation oui. Durant les années 70 et particulièrement à ses débuts, Kiss est un groupe hors norme et vraiment dangereux. Il produit ses meilleurs albums durant cette décennie. Bien sûr il y d’autres bons albums par la suite mais la décennie 70 reste la plus faste pour Kiss sur le plan musical. Les premiers albums de Kiss sont tous excellents, du pur hard rock comme peu de groupes en jouaient à ce moment-là.

O: Moi qui ne suis pas fan mais musicien et mélomane amateur, j’ai trouvé ce road trip fascinant. J’ai vécu ce livre comme si j’étais à leur côté, comme si j’étais dans les salles miteuses ou au Fillmore East. J’ai traversé les Etats Unis de New-York à Detroit. J’ai découvert que des groupes, que j’aime, ont traversé l’histoire de KISS à un moment ou un autre. Ca m’a remis un peu les idées en place sur l’histoire du Rock de cette période; Casablanca Records, l’Electric Lady Studios, etc. Et puis la genèse d’un groupe est souvent plus significative que leur passage à la postérité. Regardez ce que Dave Grohl est devenu aujourd’hui ou les Arctic Monkeys …

Comment travaille-t-on avec un éditeur comme Camion Blanc ? C’est vous qui allez chez eux leur proposer un projet ou au contraire eux qui viennent vous chercher ?
T: Dans mon cas, c’est moi qui ai proposé mes projets à l’éditeur qu’il a accepté. C’est aussi simple que ça.

Kiss est un groupe dont le côté produits dérivés est bien connu. Avez-vous dû genesimmonseffectuer des démarches auprès du groupe pour avoir la permission de réaliser ce livre ?
T:
Je dois bien avouer que je n’ai effectué absolument aucune démarche de ce type. Nous n’utilisons aucun visuel du groupe, toutes les illustrations du livre sont des œuvres originales. Quant au récit, il s’agit d’une biographie romancée, donc il m’appartient.

La réalisation de ce projet vous a-t-elle donnée envie de poursuivre l’aventure à deux ? Pour une suite, un sujet différent ou, qui sait, un roman graphique ?
T: Oui !!! Nous travaillons d’ailleurs déjà sur d’autres projets communs, tous en liaison avec la musique et peut-être une suite à ce livre, pourquoi pas ?

O: J’ai rencontré Thierry il y a  5 ans, grâce à notre bassiste commun, quand j’ai créé le collectif Cahor’s Rock dont je crée également les affiches et les visuels. Dans ce cadre, j’ai eu la chance de réaliser le clip du groupe de Thierry, Fastards, pour leur titre « Not Dead Yet » et plus récemment le logo de son groupe. Thierry a aussi écrit récemment un texte pour mon groupe « Darwine ». Donc je crois pouvoir affirmer que notre collaboration était déjà effective et va se poursuivre encore longtemps. Mouhahaha ! Tant pis pour lui… En ce qui me concerne, et tant que c’est Rock n’Roll, je suis toujours partant pour tout projet, donc si en plus c’est avec Thierry je signe tout de suite. On s’est pas mal découverts pendant ce projet et notamment que notre culture musicale est très proche. Mais pas un roman graphique, je ne suis pas illustrateur ou graphiste professionnel, ce n’est pas mon métier, je n’aurai pas le temps. Mais j’adore ça, dessiner, créer les affiches de mon collectif, les visuels et T-shirt de mon groupe à mes heures perdues (qui sont souvent la nuit…). Pour ce qui est du Tome 2 ? J’attends son premier chapitre…

Si vous ne pouviez chacun retenir qu’un seul morceau de Kiss, vous choisiriez lequel ?
T: Je dirais « Deuce » car il est très important dans la formation du groupe. C’est un titre composé par Gene Simmons qui figure sur le premier album et qui était déjà sur la première démo. Il a longtemps ouvert les concerts de Kiss et c’est le titre sur lequel Ace a auditionné pour le groupe. C’est aussi tout simplement une super chanson hard rock. Un modèle du genre.

O: Pour ma part c’est « 100 000 Years ». L’intro du morceau de Gene est excellente avec cette légère suspension puis cette ligne hypnotique. Ce morceau est vraiment super bien construit, un développement à plusieurs étages et facettes et des pauses; dont celle qui va servir les deux solo d’Ace. Très intelligents ses solos, il n’en met pas plein la tête, comme Satriani par exemple, c’est des répétitions de riffs courts qui servent parfaitement la chanson.

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Avez-vous encore quelque chose que vous souhaiteriez ajouter ?
T: Eh bien, merci à HR80 pour l’intérêt porté à ce projet. Ce livre, c’est un an de travail, j’espère qu’il sera apprécié par le plus grand nombre. J’ai également pensé ce livre comme une sorte de scénario de film, c’est pourquoi il y a des dialogues et c’est pourquoi j’ai immédiatement tenu à y associer des illustrations pour rendre le récit plus visuel et cinématographique.

O: Ce livre m’a montré la volonté et le travail qu’ont dû fournir Gene et Paul pour sortir du lot. Il ne s’agit pas d’avoir uniquement du talent, ni hier ni aujourd’hui,  il faut se donner les moyens pour s’en sortir ou pour au moins ne pas avoir de regrets.
Plus généralement, j’aurai plein de trucs à dire mais pas forcément en rapport avec notre travail, surtout des coups de gueules… Alors je ne vais en choisir qu’un : on doit être aujourd’hui à environ 2000 festival de zik en France. La plupart sont en train d’être privatisés et de devenir des supermarchés du loisir. Pendant ce temps, les petites salles indépendantes, les cafés concerts, ferment les uns après les autres, asphyxiés par ces mastodontes. C’est pourtant dans le même genre de petits endroits qu’a pu naître KISS…

Merci à tous les deux d’avoir pris la peine de répondre à ces questions et bonne chance pour la suite !