MI0003210782La sortie d’une suite d’un grand classique plusieurs décennies plus tard offre rarement des résultats satisfaisants. Au cinéma, comment oublier ce qui est arrivé à Star Wars ? En musique, on ne peut pas vraiment dire que les suites de Operation: Mindcrime (Queensrÿche) et Keeper Of The Seven Keys (Helloween) aient été à la hauteur des oeuvres de base. Ce n’est donc pas avec un franc enthousiasme mais plutôt une certaine appréhension que l’on pouvait aborder la sortie de ce Welcome 2 My Nightmare d’Alice Cooper, suite de son classique de 1975 (et probablement meilleur album). Il faut dire qu’au départ, notre croquemitaine pensait faire une suite au plus récent Along Came A Spider, et sans doute aurait-il mieux valu car les attentes n’auraient pas été aussi élevées. Mais Bob Ezrin n’était pas emballé (il faut dire qu’il n’avait pas participé à Along Came A Spider) et préféra s’attaquer à Welcome To My Nightmare qu’ils avaient partiellement écrit ensemble. L’album fit également l’évènement puisqu’il marquait le retour des survivants des membres originaux d’Alice Cooper (le groupe), ce qui était finalement un peu ironique vu que Welcome To My Nightmare était le premier album auquel ils ne participèrent pas (et dont le succès marqua la fin du groupe).

Bien sûr les petits arpèges de « Seven » servent d’introduction à « I Am Made Of You », pour nous montrer la continuité. Cela dit, le titre dispose de la technologie moderne puisqu’il y a overdose d’auto-tune façon « I Believe » de Cher (!) sur certains passages, gâchant complètement un titre épique qui aurait pu devenir énorme. Niveau composition, on sens qu’Ezrin a encore du savoir faire (les crescendo orchestraux) et il a eu la bonne idée de faire revenir Steve Hunter, guitariste de l’époque, pour le solo. « Caffeine » est un titre Hard Rock conventionnel et sympathique mais pas de quoi crier à l’extase. La petite ritournelle « The Nightmare Returns » est parfaitement dans l’esprit du premier volume, mais n’est qu’un intermède. « Runaway Train » est le premier titre de retrouvailles du groupe Alice Cooper. Ils sont accompagné pour l’occasion par le musicien de Country Vince Gill à la guitare. Il est vrai que le titre à une ambiance très Square Dance à la sauce Hard Rock. Cela dit, au delà de l’aspect nostalgique de ces retrouvailles, le titre n’a pas grand chose de marquant. « Last Man On Earth » nous emmène dans une ambiance cabaret berlinois qui ne parlera pas à bon nombre de rockeurs, mais il faut avouer qu’il est nettement plus convaincant que la majorité des titres Rock assez quelconques qui parsèment ce disque.

Sur « The Congregations », on sent les influences du Rock britannique des 60, les Beatles et les Who en tête. Le titre possède également la présence de l’héritier d’Alice, Rob Zombie. Avec « I’ll Bite You Face Off », ce sont plutôt les Stones qui servent de guide, avec pour la deuxième fois Michael Bruce, Dennis Dunaway et Neal Smith en invités de luxe. « Disco Bloodbath Boogie Fever » nous offre un titre Dance Rock où Alice Cooper n’hésite pas à rapper par moments. Ouvertement kitsch et ridicule (les choeurs façon chant russe traditionnel), le titre ne réussit pas à être complètement accrocheur ce qui est dommage car il y aurait eu moyen de faire quelque chose de vraiment excellent sur cette base. A noter quand même un solo apocalyptique de John 5. Nouveau changement de style avec le Power Pop de « Ghouls Gone Wild », mais le côté surproduit et trop compressé lui enlève la fraicheur qu’il aurait pu avoir. Dommage.

La ballade « Something To Remember Me By » est l’occasion de retrouver un titre composé avec Dick Wagner qui avait co-composé plus de la moitié de Welcome To My Nightmare. Quand on entend la réussite de cette ballade, certes très conventionnelle et dans la lignée de celles que le duo avait écrites par le passé, on se dit qu’il est dommage que le guitariste n’ait pas été invité à composer plus pour cet album-ci. Le sombre et envoutant « When Hell Comes Home » est le troisième titre avec le groupe Alice Cooper et à mon sens le plus réussi des trois, le seul qui s’approche de la légende que les quatre hommes ont écrit ensemble. « What Baby Wants » est une autre incursion dans le Dance Rock mais cette fois sans l’aspect parodique et plus assumé. Il s’agit probablement d’un des meilleurs titres de l’album avec un refrain très accrocheur et un Steve Hunter qui brille à nouveau à la guitare. A noter que le chanteur chante en duo avec la vedette Rap/Pop Kesha qui est pour le coup très auto-tunée (mais j’imagine qu’elle n’a jamais rien enregistré sans que ce soit le cas). On ne retiendra pas grand chose du pourtant pas désagréable « I Gotta Get Outta Here » au style très Pop/Rock. L’instrumental « The Underture » reprend des passages des grands moments de Welcome To My Nightmare et de quelques uns de ce disque-ci, histoire de rappeler la filiation… Mais l’effet collatéral est de montrer que les nouveaux titres ne sont clairement pas du niveau des anciens. C’est l’occasion en revanche de retrouver Dick Wagner aux côtés de son compère Steve Hunter, dernière réunion d’une des paires de guitaristes parmi le plus douées du Rock. Si les titres Rock de ce disque étaient décevant dans leur majorité, il faut admettre que la reprise du « We Gotta Get Out Of This Place » des Animals – qui sert de bonus – est très réussie.

Au final Welcome 2 My Nightmare souffre de l’inévitable comparaison avec l’album dont il se veut la suite. Soyons clair, il ne s’agit pas d’un mauvais album et il s’écoute sans déplaisir, mais il est évident que sur la durée, passé l’euphorie de sa sortie, il n’a pas vraiment plus marqué les esprits que les autres albums sortis ces quinze dernières années par Alice Cooper. Certainement pas une tache sur la discographie d’un artiste qui n’a plus rien à prouver, mais clairement pas une oeuvre clé.

Tracklist:
1. I Am Made Of You
2. Caffeine
3. The Nightmare Returns
4. A Runaway Train (ft. Vince Gill)
5. Last Man On Earth
6. The Congregation (ft. Rob Zombie)
7. I’ll Bite Your Face Off
8. Disco Bloodbath Boogie Fever (ft. John 5)
9. Ghouls Gone Wild
10. Something To Remember Me By
11. When Hell Comes Home
12. What Baby Wants (ft. Kesha)
13. I Gotta Get Outta Here (ft. Vince Gill)
14. The Underture
15. We Gotta Get Out Of This Place (bonus)

Musiciens:
Alice Cooper: Chant
Tommy Henriksen: Guitare, basse
Steve Hunter: Guitare
Michael Bruce: Guitare (4, 7, 11)
Vince Gill: Guitare (4 & 13)
Tommy Denander: Guitare (1)
John 5: Guitare (8)
Dick Wagner: Guitare (14)
Damon Johnson: Guitare (15)
Jimmy Lee Sloas: Basse (1, 2, 3, 6, 9, 10, 14)
Dennis Dunaway: Basse (4, 7, 11)
Chuck Garric: Basse (15)
Neal Smith: Batterie (4, 7, 11)
Scott Williamson: Batterie (1, 2, 5, 6, 8, 9, 10, 14)
Jimmy DeGrasso: Batterie (13, 15)
Bob Ezrin: Claviers

Producteur: Bob Ezrin

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