r-3215995-1444721341-6543-jpegTHE MOTHER STATION fait partie d’une liste interminable de groupes talentueux qui auraient pu, qui auraient dû, mais qui sont injustement restés à quai. Chaque décennie a eu son lot de groupes et artistes n’ayant pas accédé à la reconnaissance à  laquelle leur talent leur donnait droit, c’est vrai; mais force est de reconnaître que dans ce domaine, les 90’s ont vraiment fait très fort. Durant cette décennie, il valait mieux passer son temps dans les sous-sols qu’être en pleine lumière pour mettre la main sur des trésors musicaux, trouver son bonheur en matière musicale. Car ce n’était pas dans les charts qu’on voyait apparaître les artistes les plus méritants, les plus talentueux (surtout après 1993).

Et pour THE MOTHER STATION, l’aventure s’est terminée peu après la sortie de son premier et unique album, Brand New Bag. Quintette américain originaire de la région de Memphis, THE MOTHER STATION avait la particularité d’avoir comme têtes pensantes 2 donzelles, en la personne de la chanteuse Susan Marshall et de la guitariste Gwin Spencer. Les groupes drivés par un binôme féminin ne courent pas les rues dans l’Histoire du Rock. Il y a bien HEART avec les soeurs Wilson, mais les duos chanteur/guitariste les plus célèbres, les plus marquants étaient surtout masculins (les paires Jagger/Richards, Tyler/Perry, Roth/Van Halen, notamment).  Et le fait que les 3 autres musiciens qui les accompagnaient étaient des gars n’a finalement rien changé à l’affaire.

Musicalement, THE MOTHER STATION pratiquait une musique oscillant entre Rock Sudiste, Hard Rock et Blues-Rock, avec en complément une pincée de Soul, la voix de Susan Marshall, qui se rapproche de celle de Janis JOPLIN, allant dans ce sens.  D’ailleurs, on peut décrire ce quintette de Memphis comme une sorte de croisement entre les BLACK CROWES et Janis JOPLIN. Et bien que Brand New Bag, à sa sortie en 1994, ne cadrait pas avec les tendances du moment, il possédait néanmoins des atouts non négligeables. On pense en premier lieu à « Put The Blame On Me », mid-tempo Hard bluesy qui prend sans complexe des allures d’hymne imparable avec un refrain fédérateur appuyé par des choeurs quasiment gospellisants, sans oublier ses textures de guitares et ses mélodies envoûtantes, le tout étant transcendé par la chanteuse Susan Marshall qui nous ensorcelle avec sa voix gorgée de Soul et sa propension à jongler avec ses capacités vocales. Oui, vraiment dur de résister à un tel titre qui aurait pu faire partie des classiques incontournables des 90’s s’il y avait eu un tant soit peu de justice (à ce propos, il serait intéressant de faire un inventaire des titres qui auraient pu cartonner, marquer les esprits au cours des 90’s, mais qui sont passés inaperçus ou demeurent injustement sous-estimés…). Un autre titre de cet album aurait également pu faire figure de hit potentiel, quoique moins stratosphérique que « Put The Blame On Me » tout de même, c’est « Love Me », un titre travaillé, catchy qui se signale par son groove contagieux et sa capacité à faire naturellement taper du pied. Le reste du disque, globalement, s’avère de haute tenue. Par exemple, on ne sera pas insensible à « Hangin’ On », le titre le plus foncièrement Hard de cette galette avec ses riffs rugueux, mais toujours empreint de feeling et ancré dans les racines Blues et Rock Sudiste. Et que dire de « Somebody Else Will » qui voit carrément le fantôme de Janis Joplin réapparaître en pleine lumière (bravo à Susan Marshall pour sa performance, pour le coup) et qui nous transporte par le biais de ses envolées guitaristiques aux mélodies somptueuses, ainsi que son refrain terriblement addictif ? Egalement convaincant, le titre « Fool For A Pretty Face » qui navigue entre Rock-Hard, Blues et Soul (et synthétise assez bien ce qu’est THE MOTHER STATION) et attire l’attention par son refrain sur lequel les musiciens et Susan Marshall font monter l’intensité d’un cran. D’ailleurs, « Black Beauty » est une compo qui a été construite sur les mêmes bases, sauf que le combo de Memphis y a ajouté une petite pincée de Funk en plus.

Ce disque comporte aussi son lot de ballades. Et, justement, celles-ci sont nombreuses, au point de représenter 50% de Brand New Bag. Ce qui fait un total de 6 ballades sur 12 titres présents. Oui, vous avez bien lu: 6. Pour être honnête, aucune ballade n’est réellement ratée, mais aucune n’est transcendante, ne sort du lot. Parmi elles, 3 sont quand même mieux que les autres et s’avèrent suffisamment bien troussées pour compléter cet opus: par exemple, « Love Don’t Come Easy » et ses relents fin 60’s/70’s est profondément roots, bluesy à souhait et si cette ballade peut, de prime abord paraître convenue, elle se voit rehaussée, boostée par Susan Marshall (encore elle). « Heart Without A Home », qui s’étire sur près de 7 minutes, est plutôt bien construite, tandis que « Spirit In Me », qui voit la présence d’un violon, sent bon le terroir avec ses accents sudistes et aurait tout aussi bien pu figurer sur un opus de LYNYRD SKYNYRD ou THE MARSHALL TUCKER BAND. Pour les autres ballades, on relèvera que « What’s On Your Mind » accentue l’esprit de l’Amérique rurale, avec des influences Folk et Country plus marquées (le banjo, l’harmonica et la slide se faisant plus présents), mais n’est pas un titre particulièrement marquant, la faute sans doute à un manque de supplément d’âme et de peps qui auraient pu transcender l’ensemble. « Show You The Way » est une ballade au piano des plus quelconques et une fois qu’elle rentre dans une oreille, elle ressort manu militari par l’autre. Enfin, parlons un peu de « Stranger To My Soul », une ballade de presque 7 minutes, qui laisse un goût d’inachevé, un sentiment de gâchis: l’ensemble commence comme une ballade sirupeuse, au point qu’on a la nette sensation que THE MOTHER STATION se vautre littéralement dans la guimauve variétisée. Et puis, au bout de plus de 3 minutes ennuyeuses, soporifiques, pour ne pas dire agaçantes, voilà qu’interviennent de manière inattendue des guitares plus Rock, plus résolument acérées juste avant le solo, le tout mettant sur orbite un final plus enlevé, plus vigoureux qui permet au groupe de sauver l’honneur, d’éviter pour le coup la plantade monumentale. Mais à l’écoute de ce titre, on se dit qu’il y avait matière à nettement mieux faire (tant au niveau de la structure du morceau que des arrangements mélodiques) et que le quintette de Memphis n’a pas réussi à optimiser son potentiel. En toute franchise, 3 ballades auraient largement suffi pour compléter cette galette, mais l’époque (c’était les 90’s, on le rappelle) voulait qu’il fallait absolument remplir un CD jusqu’à la gueule…

Malgré ses quelques défauts relevés, Brand New Bag est quand même une belle réussite musicale, l’ensemble est assez travaillé, structuré et sent bon les 70’s, les influences sudistes et Blues de l’Amérique profonde, le flower-power (euh, en fait, à toute petite dose). Ce disque est une ode à l’authenticité, à la sincérité, au feeling. Bien sûr, on pourra toujours objecter que si ce disque avait été amputé de 3 ballades, il aurait gagné en efficacité et n’aurait pas traîné en longueurs inutiles et superflues (un des nombreux défauts propres aux 90’s). Ceci dit, on ne boudera pas notre plaisir à l’écoute de cet album qui met en valeur un groupe qui avait un potentiel fort prometteur et qui aurait pu réaliser de gros progrès si l’industrie musicale de l’époque avait daigné lui accorder une chance, se montrer patiente à son égard, au lieu de sombrer dans les tréfonds de la folie, de la schizophrénie et de la connerie (Cf. il suffit de jeter un coup d’oeil sur les charts mondiaux depuis 1995 pour comprendre…). Quoi qu’il en soit, cette chronique est là pour réhabiliter THE MOTHER STATION et les personnes qui aiment Janis JOPLIN, les BLACK CROWES, LYNYRD SKYNYRD, GEORGIA SATELLITES, Melissa ETHERIDGE du moins, sa facette la plus foncièrement roots), CRY OF LOVE, BLACKBERRY SMOKE, RAGING SLAB, entre autres, devraient trouver leur bonheur avec cet unique album de THE MOTHER STATION.

Tracklist:
1. Put The Blame On Me
2. Fool For A Pretty Face
3. Love Don’t Come Easy
4. Love Me
5. Somebody Else Will
6. Spirit In Me
7. Heart Without A Home
8. Black Beauty
9. Hangin’ On
10. What’s On Your Mind
11. Show You The Way
12. Stranger To My Soul

 

Line-up:
Susan Marshall (chant)
Gwin Spencer (guitare, slide)
Michale Jaques (basse)
Rick Shelton (batterie)
Paul Brown (claviers, piano, orgue)

 

Label: Atlantic/EastWest

Producteurs: Joe Hardy & Gwin Spencer

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