055Malgré le nombre conséquent de grands albums live sortis durant les années 70, certains groupes majeurs de l’époque sont pourtant passés à travers les mailles du filet. Bad Company est de ceux-là. Ce fait est la cause d’un homme, Peter Grant, qui les manageait en parallèle de Led Zeppelin. Méfiant vis-à-vis des albums live (par peur qu’on ne vienne plus voir ses poulains en concert), il refusera les projets d’album live de Bad Co (dont le concert de Wembley de 1979, partiellement repris ici) et ne permettra au controversé The Song Remains The Same de sortir uniquement parce que c’était la bande son du film. Businessman réputé, cette aversion de Grant pour les albums live pourrait être considéré comme sa seule faute professionnelle. En effet, la sortie d’un album live de Bad Company en 1979 (pas tellement longtemps après que Frampton ait triomphé avec le sien) aurait probablement permis un sursaut pour le groupe alors en perte de vitesse. En 2006, Mick Ralphs essaya de combler le manque avec le Live In Albuquerque 1976 qui fut hélas très rapidement retiré des ventes pour de sombres histoires de droits. Depuis, les trois membres survivants se sont retrouvés, et c’est d’un commun accord qu’ils ont choisi de nous sortir ce double live issu d’un concert de 1977 aux Etats-Unis et d’un autre de 1979 en Angleterre.

Avec un concert sur chaque disque, il est évident que ce ne sont pas les concerts en entier qui sont repris ici, chose que l’on peut trouver extrêmement regrettable. Certes les titres supprimés sont ceux qui se trouvent sur l’autre partie, ce qui évite les doublons (seuls « Shooting Star » et « Feels Like Makin’ Love » se trouvent sur les deux), mais il n’empêche qu’on se sent un peu lésé, surtout pour le concert de Wembley, absolument magnifique, dont il manque six titres. On aurait préféré que les deux concerts aient été sortis en entier de manière indépendante. Autre déception, le concert de Wembley trouve inscrit en son sein une reprise de « Hey Joe » qui n’avait pas été jouée ce jour-là mais trois mois plus tard à Washington. Plus une curiosité qu’un véritable grand moment musical (d’autant que la qualité de l’enregistrement n’est pas du niveau du concert de Wembley – enregistré par Martin Birch, excusez du peu), il tombe comme un cheveu dans la soupe et aurait été plus à sa place comme bonus-track sur une réédition d’un album de l’époque. Sa présence nous prive de plus d’un autre titre joué ce soir-là («Live For The Music » ou « Movin On » par exemple, même si présents sur le concert de 1977).

Passé ces considérations, les deux concerts sont excellents (et font donc regretter de ne pas avoir droit à la version intégrale), principalement celui de 1979 dont le son a tout de celui d’un grand album live des 70’s. Comme dit en début de chronique, ce live à Wembley aurait été un carton s’il était sorti à l’époque. Le concert de 1977 est peut-être un peu plus rugueux si on le compare à celui de 1979, mais le niveau sonore est également bel et bien là. La performance du groupe est évidemment sans faille. Paul Rodgers est une des plus belles voix des années 70, peut-être moins caractéristique qu’un Plant, un Gillan ou un Coverdale, mais tout aussi convainquant en concert. Il est en outre un excellent instrumentiste que ce soit aux claviers où à la guitare (n’hésitant pas à s’imposer comme soliste malgré la présence de Mick Ralphs, comme sur « Hey Joe »). Ralphs est alors au sommet de sa forme. S’il n’est pas un guitare hero effectuant des prouesses et improvisations à rallonge, il est un soliste au sens mélodique certain et un riffeur disposant d’une précision sans faille. La section rythmique est également au top entre les lignes de basse très mélodiques de Boz Burrell (qui a certainement influencé le travail de Neil Murray au sein de Whitesnake) et le côté métronomique de Simon Kirke qui se fend, sur chaque concert, d’un petit solo de batterie – accessoires mais pas trop longs.

Au final ce double live arrive à pallier le manque d’un album live sorti à l’époque, et ce malgré la déception d’avoir des concerts tronqués. Il serait bien que d’autres groupes suivent cet exemple. S’il est bien sûr un indispensable pour les fans du groupe, il peut être une excellente manière pour le néophyte de découvrir une vue d’ensemble de la carrière du groupe en évitant le côté impersonnel des compilations. Tous les tubes sont là (ainsi que quelques titres nettement moins connus et loin d’être inintéressants comme « Rhythm Machine »), que ce soit sur un concert ou l’autre, on aurait tort de se priver !

Tracklist:
CD1
1. Burnin’ Sky
2. Too Bad
3. Ready for Love
4. Heartbeat
5. Morning Sun
6. Man Needs Woman
7. Leaving You
8. Shooting Star
9. Simple Man
10. Movin’ On
11. Like Water
12. Live for the Music
13. Drum solo
14. Good Lovin’ Gone Bad
15. Feel Like Makin’ Love

CD2
1. Bad Company
2. Gone, Gone, Gone
3. Shooting Star
4. Rhythm Machine
5. Oh, Atlanta
6. She Brings Me Love
7. Run with the Pack
8. Evil Wind
9. Drum solo
10. Honey Child
11. Rock Steady
12. Rock ‘n’ Roll Fantasy
13. Hey Joe
14. Feel Like Makin’ Love
15. Can’t Get Enough

Musiciens:
Paul Rodgers: Chant, guitare, piano, harmonica
Mick Ralphs: Guitare, piano
Boz Burrell: Basse
Simon Kirke: Batterie

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