500x500Je n’irai pas par quatre chemins, cet album est un incontournable de l’histoire du Rock de part l’influence qu’il a eu dans les années 90. D’ailleurs sa pochette, à l’humour peut-être un peu douteux, est devenue aussi connue que celle d’un Sergent Pepper, Abbey Road, Dark Side Of The Moon ou le quatrième album de Led Zep. Son influence est indéniable sur le plan musical. Seulement, une influence n’est pas toujours bénéfique, et suite à cet album, le Rock perdra beaucoup de sa chaleur et de sa joie de vivre qui l’avait caractérisé jusqu’alors. Pourtant, on pouvait penser que l’idée de la bande à Kurt n’était pas mauvaise: apporter un nouveau souffle au Rock, en revenant aux bases, car il est vrai qu’à cet époque, le Rock tournait un peu en rond, et ce même si j’adore la vague Hair Metal. Nirvana faisait à l’époque parti des groupes qui apportaient du sang neuf, comme Guns ‘N Roses et son retour à un son plus blues et crade, ou Extreme et son côté un peu funky sur leur deuxième album, puis montrant une véritable diversité des genres sur leur troisième. Et pourtant, même si tous trois ont eu un succès phénoménal (surtout Guns ’N’ Roses), c’est Nirvana qui reste aujourd’hui le plus connu. La raison principale est due au suicide de Kurt Cobain. L’Histoire a toujours aimé les martyres, le Rock n’y fait exception: Jimi Hendrix, Jim Morrison, John Lennon et Kurt Cobain (pour ne citer qu’eux) ont atteint un statut d’icône à cause d’une mort précoce et violente en plein succès. Vous me direz à juste titre que tout cela n’a pas grand rapport avec Nevermind, mais je pense qu’il est nécessaire d’analyser un peu le pourquoi de la mutation de Nirvana passant de groupe à succès à celui de légende du rock.

Et maintenant, parlons de l’album en soit. Le premier titre est un classique. LE tube de Nirvana (l’un des deux morceaux que presque tout le monde connait). « Smells Like Teen Spirit ». La composition est plutôt bonne, mélange entre passages calmes et passages Hard. La voix de Kurt Cobain, sans être extraordinaire, n’est pas mauvaise, Dave Grohl est un bon batteur qui aide le morceau à décoller. Indiscutablement, le titre est accrocheur. Pour preuve, il n’a pas cessé de provoquer le bonheur de jeunes générations successives alors que l’on sait que la majorité des ados (il y a malgré tout des exceptions dont je fus) rechigne à écouter des vieux morceaux (c’est à dire ayant plus de trois ans). A l’écoute du solo, minimaliste mais surtout peu inspiré, on se demandera malgré tout pourquoi diable certains s’acharnent à classer Cobain parmi les meilleurs guitaristes du Rock. « In Bloom » suit plus ou moins le même concept, c’est à dire des gros riffs accrocheurs, lors de l’intro et les refrains, et des passages plus posés le temps des couplets. S’il est moins électrifiant que « Smells », il reste agréable à l’écoute (sauf le solo crade qui est une torture). Vient ensuite « Come As You Are » et sa suite de notes reprises inlassablement par nombre d’aspirant guitaristes. Suite qui est en fait complètement pompée sur le « Eighties » de Killing Joke mais en version ralentie. Hélas, c’est la partie la plus réussie du morceau (et la principale raison à mon avis de son succès aujourd’hui), le reste étant assez ennuyeux, on a l’impression que Cobain lui-même va s’endormir en chantant.

Malgré un son de guitare très crade (qui porte plus de préjudice au morceau qu’autre chose), le très punk « Breed » est plutôt entraînant et invite à taper du pied. Mais une fois encore c’est vraiment la section rythmique qui fait décoller le titre, aidant à rendre acceptable l’amateurisme du jeu de guitare de leur leader. Pour la troisième fois, Nirvana nous fait le coup du ‘j’alterne passage calme et passage Hard’. Bon, « Lithium » est un titre sympa, mais dont les ficelles commencent malgré tout à être un peu trop visibles. Cobain essaye bien de donner l’illusion qu’il ne se répète pas en nous proposant « Polly » en version acoustique, mais la ruse grossière est aussitôt éventrée et l’absence de la batterie de Grohl pour dynamiser le tout se fait cruellement sentir. Le Punk « Territorial Pissings » à l’énergie indiscutable permettra de réveiller ceux qui s’étaient endormis. En revanche « Drain You » est ennuyeux à mourir (pas aidé en cela par le chant de Cobain qui sonne à nouveau complètement blasé et peu impliqué). Pourtant Grohl essaye de sauver les meubles lors du break instrumental. Et malheureusement « Lounge Act »  ne vaut pas beaucoup mieux. Ainsi, lorsqu’on arrive à « Stay Away », pourtant plus convaincant même s’il poursuit le même schéma, l’euphorie qu’on a pu ressentir sur les premiers titres est depuis retombée et l’album semble tirer en longueur. Ce ne sont malheureusement pas « On A Plain » et « Something In The Way » qui feront remonter le niveau. Les gros riffs et les éclats de batterie n’arrivent pas à retirer au premier l’ennui qu’il déclenche (personne ne lui a dit à Cobain que s’ennuyer en chantant pouvait être communicatif pour l’auditeur ?). Qui plus est la musique est presque identique à « Lithium » mais sans les alternances calme-hard. A part ça Cobain serait un compositeur de génie. Quant à « Something In the Way », il s’agit d’un morceau interprété de manière très très intimiste (on dirait que le groupe a peur de réveiller l’équipe technique). Le morceau en soi n’est pas trop mal, mais après cette brochette de titres rock ennuyeux, ce n’était pas vraiment ce qu’il fallait pour nous tirer de notre torpeur.

Le succès étourdissant de l’album obligea Nirvana, et principalement Kurt Cobain, à le dénigrer partiellement pour être en accord avec l’image de groupe underground et anti-système qu’ils s’étaient forgés. Ainsi il fut déclaré que le producteur avait donné un son trop commercial, trop gonflé, qu’ils n’avaient pas recherché tout ce succès et autres hypocrisies du genre. Beaucoup s’y sont laissés prendre et y croient d’ailleurs encore aujourd’hui. Ce serait oublier que Kurt Cobain n’avait nullement été obligé de signer avec Geffen qui possédait alors la majorité des plus gros groupes de Hard Rock. Ce serait oublier le caractère accrocheur des morceaux choisis pour les singles (gros riffs, refrains mémorables) qui prouvent une volonté de plaire à un large public. La suite de la carrière de Dave Grohl le prouvera également. Que la personnalité fragile du leader n’ait pas réussi à supporter le succès une fois celui-ci atteint est une autre chose et ses regrets furent sans doute sincères. Aujourd’hui, l’influence de Nevermind est perceptible dans la majorité des groupes de Rock et Hard Rock contemporains (j’entends de ceux qui n’ont pas cherché à sonner 70’s ou 80’s). Son influence est effectivement indéniable. Mais vu la pauvreté musical de cette scène et la faible proportion de groupes à avoir réussi à atteindre le statut de mastodonte du Rock, peut-on vraiment penser que cette influence a été bénéfique ?

Tracklist:
1. Smells Like Teen Spirit
2. In Bloom
3. Come As You Are
4. Breed
5. Lithium
6. Polly
7. Territorial Pissings
8. Drain You
9. Lounge Act
10. Stay Away
11. On A Plain
12. Something In The Way

Musiciens:
Kurt Cobain: Chant, guitare
Krist Novoselic: Basse
Dave Grohl: Batterie

Producteur: Butch Vig

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