ebf92df03d69f366123066b76835902dEnhardis par la scène Heavy Metal anglaise, l’Amérique décide de suivre. Si les troupes se partageront surtout entre le courant Glam Metal/Hair Metal et le Thrash Metal, certains feront le choix de rester dans un Heavy Metal pur et dur, ce qui les empêchera généralement d’accéder à la célébrité de leurs confrères. Armored Saint est de ceux-là. Les cinq Californiens sont pourtant de redoutables musiciens et trainent avec un autre jeune groupe appelé à devenir célèbre, Metallica. John Bush se verra d’ailleurs proposer le micro pour remplacer un James Hetfield qui aurait préféré se centrer sur la guitare. Alors que les groupes essayaient alors de se distinguer par leur look autant que par leur son (chiffons pour Ratt, drag queens pour Twisted Sister, post-apocalyptique pour Mötley Crüe, barbares pour Manowar), Armored Saint choisira un look inspiré des chevaliers, ce qui donnera un croisement entre Excalibur et Mad Max II. Le groupe sort un premier EP qui placera un titre sur la compile Metal Massacre II, puis ce premier album, March Of The Saint à la pochette (très belle) plutôt éloquente.

Après une intro reprenant un extrait du dernier mouvement des Tableaux d’un Exposition de Moussorgski en version électrique (« Les Grandes Portes de Kiev »), « March Of The Saint » déboule dans un style très différent. Relativement rapide, nous sommes en présence d’un titre de Heavy Metal relativement classique mais sur lequel le groupe montre déjà une vraie personnalité. La voix de John Bush n’y est pas étrangère. Une voix puissante, pas criarde, légèrement rauque et surtout très agréable à l’oreille. S’il fallait la comparer avec un autre chanteur, ce serait à celle de Sean Harris de Diamond Head, mais en plus puissante et plus virile. Mais Bush n’est pas le seul atout du groupe car, comme je l’ai dit, tous les membres sont d’excellents musiciens mais surtout de bons compositeurs. Ne cherchez pas des titres poussifs remplis de clichés comme on en trouve tant chez les groupes de Heavy Metal de seconde zone, aussi sympathiques soient-ils. Non, Armored Saint avait tout pour devenir une tête d’affiche, mais ils resteront hélas toujours en seconde catégorie. Pourtant, le morceau suivant, « Can U Deliver », était du calibre à accéder au titre de gros classique de Heavy Metal: un riff immédiatement identifiable et accrocheur, une ligne de chant qui se retient d’emblée et un refrain tubesque. Cela fut sans doute le titre du groupe à  le plus faire parler de lui, mais il aurait mérité mieux, beaucoup mieux.

« Mad House » confirme que Dave Prichard et Phil Sandoval savent composer de bons riffs qui font la joie des metalheads. Ce qui frappe, c’est le sens mélodique du groupe qui fait si souvent défaut aux groupes de Heavy et Speed Metal préférant tout miser sur l’agressivité quitte à se retrouver avec des morceaux à la composition bancale. Tant dans les mid-tempos mélancoliques comme « Take A Turn » que les titres bien rentre dedans comme « March Of The Saint », Armored Saint montrent le soin qu’ils prenaient à la composition de leurs morceaux. Effort que ne furent malheureusement pas tellement payant à une époque où le public metal américain s’extasiait surtout devant les groupes qui jouaient le plus vite et sauvagement possible. Si vous êtes sceptiques, écoutez « Seducer »,  « Mutiny On The World » ou « Glory Hunter » (avec son solo de basse), des titres mid-tempo Heavy Metal de premier ordre. Signalons aussi « Stricken By Fate » et ses rythmes syncopées que l’on retrouvera fréquemment dans les compositions ultérieurs du groupe ou « Envy » et ses subtiles changements de rythmiques qui n’auraient pas déplu à Diamond Head. C’est la basse ronflante de « False Alarm » qui nous emmène vers la fin de l’album. Titre déjà présent sur leur Ep, il montre une fois de plus qu’Armored Saint a su lier ses influences NWOBHM a leur personnalité propre.

Aucun titre faible pour ce premier album d’Armored Saint, au contraire. L’album est très homogène. Peut-être un peu trop d’ailleurs. S’il fallait émettre un reproche, ce serait qu’il manque un poil de variété, un titre rapide, un titre lent voire une ballade auraient peut-être aidé à plus distinguer les morceaux les uns des autres. Mais indiscutablement, c’est pour chipoter, car s’il n’eut pas le succès qu’il méritait, ce March Of The Saint est à mettre aux côtés des grands albums de Heavy Metal des années 80.

Tracklist:
1. March Of The Saint
2. Can U Deliver
3. Mad House
4. Take A Turn
5. Seducer
6. Mutiny On The World
7. Glory Hunter
8. Stricken By Fate
9. Envy
10. False Alarm

Musiciens:
John Bush: Chant
Dave Prichard: Guitare
Phil Sandoval: Guitare
Joey Vera: Basse
Gonzo Sandoval: Batterie

Producteur: Michael James Jackson

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