20142f41278Nous entrons à peine dans les 90’s et POISON est attendu au tournant avec son 3e album studio, qui a pour titre Flesh & Blood. En effet, le quartette américain, qui a su habilement tirer son épingle du jeu avec ses 2 précédents opus, se doit de confirmer que le succès qu’il a obtenu durant la seconde moitié des 80’s n’était pas dû au hasard, et surtout qu’il a encore des arguments à faire valoir face à la concurrence.

Depuis Open Up And Say… Ahh, sorti en 1988, bien des choses se sont passées dans le Hard Rock : la déferlante GUNS N’ ROSES, le retour en force de ALICE COOPER sur le plan commercial, l’émergence de SKID ROW, le succès crescendo de THE CULT (que l’album Sonic Temple a propulsé vers les sommets), le carton de MÖTLEY CRÜE avec Dr. Feelgood, sans compter d’autres jeunes loups qui poussent très fort (L.A. GUNS, BANG TANGO, JUNKYARD, CATS IN BOOTS sur le versant viril du Hard US, WARRANT, DANGER DANGER, FIREHOUSE pour la frange plus mélodique, voire glammisante). Autant dire que ce n’est pas gagné d’avance pour POISON, d’autant que la bande à Bret Michaels était plutôt décriée par une partie du public hardos à l’époque.

Pour mener à bien ce 3e opus, POISON a fait appel aux services de Bruce Fairbairn pour la production. Et le résultat est carrément bluffant. Si la pochette de l’album ne paie pas de mine, le contenu, en revanche, est vraiment haut de gamme. On notera, au passage, que les musiciens du groupe ont mis de côté le look Glam qui les caractérisait auparavant et opté pour un look plus foncièrment Rock n’ Roll, biker (bandanas, tatouages, cuir), GUNS N’ ROSES étant passé par là.

Après une intro à rallonge (« Strange Days Of Uncle Jack ») mêlant bruitages divers, sons de clavier et de guitare en guise d’antipasti, les choses sérieuses commencent avec « Valley Of Lost Souls » et là, c’est la grosse baffe dans la gueule : on est en présence d’un titre énergique, racé, âpre, un chouia subversif (mais pas trop), limite Sleaze avec des guitares fusant de partout, une section rythmique plus incisive avec, en plus, un refrain ENOOOOORME. Pas de doute, on tient là un méga-hymne Hard US en puissance ! J’irai même plus loin : c’est peut-être le meilleur titre du répertoire de POISON et c’est vraiment incompréhensible de voir le groupe américain faire l’impasse sur ce titre en live. Il annonce en fait la couleur : POISON a décidé de frapper très fort sur cet album, d’élever le propos. Car la suite de « Flesh & Blood » montre un groupe en très grande forme, inspiré. L’instrumental acoustique très roots « Swampjuice (Soul-O) » est là pour témoigner des progrès du guitariste C.C Deville qui, sans être un virtuose du manche, s’avère être un guitariste compétent. Le mid-tempo « Flesh & Blood (Sacrifice) », avec ses riffs quasi-hypnotiques, l’enjoué « Let It Play » ou encore le tube « Ride The Wind », qui incarne bien le rêve américain, permettent de constater que POISON a considérablement gagné en efficacité. Le tapageur « Come Hell Or High Water », transcendé par un refrain aux choeurs énormes, arrive à point nommé pour annoncer que POISON continue sa route vaille que vaille, quoi qu’en pensent ses detracteurs. « Life Loves A Tragedy » prend son monde à contre-pied en commençant comme une ballade quasi-larmoyante avant de durcir le ton et de se faire plus intense, plus résolument Rock. Dans le genre roots de chez roots, POISON nous régale avec l’intro de « Ball And Chain » (la suite étant plus conforme au style du groupe, avec des paroles « en dessous de la ceinture ») et surtout le flamboyant « Poor Boy Blues », qui nous plonge littéralement au coeur des racines du Rock n’Roll, voire du Blues, avec un harmonica crade, des guitares déchaînées et surtout un groupe débordant d’enthousiasme, de conviction.

POISON a évolué, certes, mais n’a pas pour autant renié son passé, comme l’atteste le bondissant « Unskinny Bop » aux accents popisants et aux lignes infernales : on retrouve là le côté « sympathique garnement » qui caractérisait le combo précédemment, surtout pour ces mélodies faciles d’accès et son clip rigolo. Quant aux ballades, on en trouve 2 sur l’album. Si « Life Goes On » s’inscrit dans un registre classique du genre, on notera que le solo de guitare transcende à lui seul la chanson en question tant C.C réussit à faire pleurer son instrument à un point que personne ne soupçonnerait. Mais c’est surtout « Something To Believe In », une superbe ballade agrémentée de piano, une sorte de « Home Sweet Home » (de MÖTLEY CRÜE) en plus extraordinaire, en plus efficace, qui s’avère être LA ballade vraiment marquante de l’album, au point de constituer un de ses temps marquants (d’ailleurs, elle s’est classée 4e des hits-parade aux USA). Pour le coup, POISON s’est surpassé en matière d’émotion, de profondeur, et cela s’en est ressenti au niveau du songwriting, nettement plus élevé qu’à l’accoutumée.

Si on ajoute à tout cela une production limpide, qui valorise comme il se doit les chansons dans leur ensemble, on peut dire que POISON a vraiment donné le meilleur de lui-même, d’autant que Bret Michaels a une meilleur maîtrise de ses capacités vocales, CC Deville a peut-être atteint le summum de son potentiel et la section rythmique se lâche davantage. Les compos ont été aussi plus soignées. POISON, à défaut de faire l’unanimité, est parvenu à démontrer qu’il est bien plus qu’un simple groupe de Glam tout juste bon à poser et que le talent pour composer des titres variés et inspirés est bien là.

POISON a délivré avec Flesh & Blood un superbe album de Hard US, bourré de perles. D’ailleurs, c’est ce disque qui a le mieux marché en Europe. Avec ce 3e album, POISON a prouvé que le succès des 2 précédents opus n’était pas un accident de parcours et confirmé, par la même occasion, qu’il faisait partie des valeurs sûres du Hard US. Avec du recul, on peut même se poser la question suivante : POISON aurait-il eu encore plus de succès si Flesh & Blood était sorti plus tôt ?

Tracklist:

1. Strange Days Of Uncle Jack
2. Valley Of Lost Souls
3. Flesh And Blood
4. Swampjuice (Soul-O)
5. Unskinny Bop
6. Let It Play
7. Life Goes On
8. Come Hell Or High Water
9. Ride The Wind
10. Don’t Give Up An Inch
11. Something To Believe In
12. Ball And Chain
13. Life Loves A Tragedy
14. Poor Boy Blues

Line-up:

Bret Michaels (chant, guitare, harmonica)
C.C. Deville (guitare)
Bobby Dall (basse)
Rikki Rockett (batterie)

Producteur: Bruce Fairbairn

Label: Capitol

Publicités