Amorphis-Queen-of-Time-Web

Voici qu’arrive dans les bacs le 13ème album d’Amorphis, (dont je suis archi fan !) Queen of Time,  avec un line up où l’on voit revenir le bassiste originel du groupe Olli-Pekka Laine suite au départ de Niklas Etelävuori (incompatibilité d’humeur avec l’équipe de managment). Pour le reste pas de changement, on retrouve Tomi Joutsen au chant, Esa Holopainen à la guitare lead, Tomi Koivusaari à la guitare rythmique, Santeri Kallio aux claviers et Jan Rechberger à la batterie.

Les finlandais nous ont promis une magnifique création avec l’introduction de sonorités nouvelles. Et on veut bien les croire car depuis ses débuts Amorphis n’a cessé de faire évoluer sa musique.

3 chanteurs se sont succédés chacun apportant sa pierre à l’édifice. En effet aux débuts Death, l’actuel guitariste rythmique, Tomi Koivusaari (Abhorrence) est au chant guttural, sur le premier album, the Karelian Isthmus (1992) puis sur le culte  Tales from the Thousand Lakes (1995) qui lance vraiment la carrière du groupe. Sur Elegy (1996), Pasi Koskinen (Ajattara), le rejoint en lead apportant un chant clair majoritaire et par la suite une orientation beaucoup plus psychédélique, voire rock typé 70ies: Tuonela (1999), Am Universum (2001), Far From the Sun (2003).

En 2006 arrive Tomi Joutsen. Aussi doué pour le chant clair que le growl, il donne un nouvel élan à la carrière du groupe qui renoue avec ses racines metal avec le sublime Eclipse en 2006. Depuis, Amorphis c’est un style aux influences multiples et le groupe y puise allègrement pour nous proposer une musique metal certes mais qui n’appartient à aucun genre précis. Inclassable, elle est faite d’ un mélange Death/Heavy/Prog/Folk/Gothique/Atmosphérique. C’est aussi ce qui la rend à part et identifiable dès les premières notes.

Mais pour un groupe, avoir une signature bien définie c’est aussi le risque de finir par s’auto-plagier ce qu’on aurait pu craindre avec les 4 opus qui ont suivi Eclipse si le groupe n’avait fait appel au producteur Jens Borgren pour son précédent album Under the Red Cloud  (2015) qui marque un retour aux racines Death avec une plus grande place laissée au chant guttural et une musique plus agressive.

De nouveau aux manœuvres sur Queen of Time, Bogren permet au groupe de signer une œuvre magistrale et accomplie.
Rien n’a été laissé au hasard, aussi bien au niveau du son que des orchestrations et des arrangements. En effet, en plus des éléments évoqués plus haut qui composent la musique d’Amorphis, on peut y ajouter maintenant une dimension symphonique. L’aspect progressif  a aussi été renforcé.

L’apport de chœurs féminins et l’utilisation d’un véritable orchestre sur la quasi totalité de l’opus et pas une simple bande son, donnent aux compositions une richesse telle que je dirais que si la perfection n’existe pas en ce bas monde et bien là on s’en approche, et cela sans jamais dénaturer la musique d’Amorphis.

Par ailleurs, comme à son habitude, le groupe tient aussi à délivrer un message. Le nouvel artwork, de Jean ”Valnoir” Simoulin qui illustre superbement la pochette est bourré de détails et traduit parfaitement la thématique au centre de l’album. L’artiste Pekka Kainulainen, parolier du groupe depuis Silent Water (2007) (on l’entend, en finnois, pour la première fois sur « Daughter of Hate ») a créé des textes en rapport avec le déclin de l’humanité symbolisé notamment par l’abeille, The Bee, source de vie, qui pourrait disparaître si l’on n’y prend garde et dont dépend aussi la survie des hommes.

Dès le premier titre « The Bee » la voix féminine se mélange aux claviers entêtants de Santeri Kallio pour laisser place au growl de Tomi Joutsen sur les couplets, en clair sur le refrain pour une mélodie légèrement orientalisante. Le break tout en douceur est magnifique. On peut d’ailleurs remarquer que les influences orientales sont plus présentes que par le passé, comme sur « The Golden Elk”, ou encore “Grain of Sand” par exemple.

Dans l’ensemble, l’impression qui se dégage de Queen of Time est un mélange de douceur, et d’agressivité. Les voix féminines très aériennes, et le chant clair de Tomi s’opposent au chant extrême. Bien que prédominant sur la majeure partie des titres, il s’appuie sur des compositions plus complexes que ce que le groupe faisait depuis quelques années mais toujours hyper mélodiques. Comme sur « Message in the Amber » avec ses couplets calmes qui précèdent la tempête du refrain soutenu par des riffs rappelant le folk celtique.  Le très beau duo avec Anneke van Giersbergen sur « Among Stars » vient aussi renforcer l’idée que les voix féminines sont un plus dans la musique du groupe car elles s’accordent parfaitement à l’émotion que Joutsen sait nous faire partager dans son chant clair.

Le superbe « Daughter of Hate » avec l’introduction du saxophone (Jorgen Munkeby) que le groupe utilise surtout pour ses prestations live est une des pièces maîtresses de l’album. Ce saxo qui vient en appui aux autres musiciens sublime ce morceau assez classique dans son riffing typique du groupe. Il souligne aussi la prestation narrée de Pekka Kainulainen, l’ensemble parvenant à faire de ce titre un des plus réussis de l’album.

Le très mélodique « Wrong Direction » plus accessible, aurait pu figurer sur  l’album Skyforger (2009), (chef d’œuvre…Mais non je ne manque pas d’objectivité!) On y retrouve les flûtes de Chrigel Glanzmann (Eluveitie) qui apportent cette touche celtique qu’on apprécie chez Amorphis. On peut aussi mentionner le galopant « We Accursed » avec son orchestration aux faux airs de « western » pour un rendu quasi cinématographique.

Je pourrais citer tous les titres sur cet opus où rien n’est à jeter. Les 2 bonus de la version digipack sont de « vrais » titres (pas des versions radio ou instrus comme souvent). Le travail accompli grâce à l’alliance du groupe avec Jens Bogren est phénoménal, le résultat d’une beauté saisissante, et on souhaite que cette collaboration va durer.

Jusqu’où vont ils aller ? Encore plus haut, je l’espère !

Tracklist:

  1. The Bee
  2. Message In The Amber
  3. Daughter Of Hate
  4. The Golden Elk
  5. Wrong Direction
  6. Heart Of The Giant
  7. We Accursed
  8. Grain Of Sand
  9. Amongst Stars
  10. Pyres On The Coast

Bonustracks (digipack) :

  1. As mountains Crumble
  2. Brother And Sister

Line up :

Tomi Joutsen : Chant
Esa Holopain : Guitare (lead)
Tomi Koivusaari : Guitare (rythmique)
Olli-Pekka Laine (Barren Earth) : Basse
Santeri Kallio : Claviers
Jan Rechberger : Batterie

Pekka Kainulainen : Parolier

+ Guests

Albert Kuvezin (Yat-Kha) : Chant
Chrigel Glanzmann (Eluveitie) : Flûtes
Jorgen Munkeby (Shining)  : Saxophone
André Alvinzi : Claviers
Anneke van Giersbergen (Vuur) : Chant
Noa Gruman : Chant

Producteur : Jens Bogren

Artwork : Jean ”Valnoir” Simoulin

Label : Nuclear Blast

Date de sortie : 18 mai 2018

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