68b5adaf254e4d46a5f58810a2a26cbeLorsque Judas Priest sortit le successeur de Screaming For Vengeance, on pouvait légitimement s’attendre à une continuité de l’album précédent, ne serait-ce qu’en regardant la pochette. En effet, celle de Screaming For Vengeance proposait un aigle de métal, celle-ci nous montre un… un quoi en fait ? Pas évident de considérer cette créature, sorte d’hybride entre un dragon et un tank. Peut-être pas la pochette la plus heureuse, mais stylistiquement la continuité est là. Pourtant, avec Défenseurs de la fesse, nom donné en hommage des pourfendeurs d’agressions sexuelles, ont reconnaître un… Ah, attendez, on me dit dans l’oreillette que je me suis trompé de titre, excusez moi. Reprenons ! Pourtant, avec Defenders Of The Faith (dommage, ça fait plus White Metal comme titre et moins rigolo) ont doit reconnaître un glissement vers un style un peu plus ‘commercial’. Certes, c’était déjà perceptible sur certains titres du précédent (« Bloodstone », « (Take These) Chains »), mais ce sera encore plus le cas ici. Le son se faisant souvent plus lisse et moins agressif.

Comme pour me faire mentir, c’est l’hyperkinétique « Freewheel Burning » que le Priest nous balance en guise d’accueil. Nous sommes clairement dans la continuité de « Screaming For Vengeance » (le morceau), mais un niveau au dessus en tout: rythme encore plus rapide, guitares encore plus tranchantes et voix de Halford encore plus suraigüe. Ça bourrine sec et les cervicales seront mises à rude épreuve. Cela dit, passé la jubilation des premières écoutes, c’est un titre qui peut finir par lasser à la longue. « Jawbreaker » continue sur un rythme soutenu mais avec un Rob Halford dans un registre plus proche de son ombre habituel. Bon riff et bon refrain. Plus mélodique, « Rock Hard Ride Free » aurait pu devenir un hit si le Priest l’avait sorti en single. On est pas loin de ce qui se faisait à l’époque à L.A. et le refrain mettra du temps à vous sortir de la tête. « The Sentinel » est un petit bijou de Heavy Metal mélodique mené tambour battant par Dave Holland, bien sûr, mais également par le reste du Priest au sommet de leur forme. Au delà du nom, « Love Bites » n’est pas sans rappeler le Def Leppard de l’époque par son côté Heavy FM et la forte utilisation de réverbération sur la batterie et de chorus sur les guitares et basse. Et que dire de la montée en puissance des guitares au milieu de morceau. Encore un sans faute.

« Eat Me Alive » restera surtout dans les mémoires pour avoir été mis sur la liste des « Filthy Fifteen » des tristement célèbres PMRC, car musicalement il n’est pas du niveau de « Jawbreaker » et « The Sentinel » qui sont dans un style similaire. Seul morceau écrit par un compositeur extérieur (Robert Halligan Jr, qui avait déjà composé un titre sur l’album précédent), « Some Heads Are Gonna Roll » est un titre de Heavy mélodique hyper accrocheur qui s’inscrit comme un des meilleurs morceaux du Priest des 80’s. « Night Comes Down » est un titre entre la ballade et le mid-tempo, plutôt atmosphérique que n’auraient pas reniés Def Leppard ou Great White (la voix de Rob Halford n’est parfois pas très loin de celle de Jack Russell d’ailleurs). Un titre complètement oublié du Priest (trop ‘commercial’ sans doute ?) et pourtant excellent. Avec son rythme binaire et sa batterie à la « Rock You » (Helix), « Heavy Duty/Defender Of The Faith » se veut les ambitions d’un hymne. Si le Priest a déjà fait pire dans le style (l’exécrable « United » sur British Steel), ce n’est clairement pas le titre que l’on retiendra le plus de l’album. La réédition nous offre encore un titre, la ballade acoustique (avec une traditionnelle montée électrique) « Turn On Your Light », pourtant composée et enregistrée lors des sessions de Turbo. On est à nouveau plus dans le style de Great White que de Judas Priest mais nos Metal Gods se montrent étrangement convainquant dans ce style et il est incompréhensible que le titre n’ait pas fini sur Turbo dont la majorité des morceaux sont bien inférieurs à celui-ci.

Au final, on pourrait considérer Defenders Of The Faith comme l’album de transition, entre Heavy Metal pur et dur et titres Heavy mélodiques, style qu’ils adopteront clairement sur Turbo, l’album suivant. L’album est d’un niveau extrêmement élevé et ne contient à mon sens que deux titres en deçà du reste, tous les autres ayant le potentiel pour devenir un classique. Si on regarde l’ensemble de la discographie du Priest en ce sens, on pourrait bien être amené à qualifier Defenders Of The Faith de meilleur album du Priest, même si British Steel, Streaming For Vengeance et Painkiller ont généralement la faveur du plus grand nombre. Mais est-ce que le plus grand nombre a nécessairement raison ?

Tracklist:
1. Freewheel Burning
2. Jawbreaker
3. Rock Hard Ride Free
4. The Sentinel
5. Love Bites
6. Eat Me Alive
7. Some Heads Are Gonna Roll
8. Night Comes Down
9. Heavy Duty
10. Defenders Of The Faith
11. Turn On You Light (bonus)
12. Heavy Duty/Defender Of The Faith (Live – bonus)

Musiciens:
Rob Halford: Chant
K.K. Downing: Guitare
Glenn Tipton: Guitare
Ian Hill: Basse
Dave Holland: Batterie

Producteur: Tom Allom

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