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Rompant avec le rythme auquel il s’était astreint depuis ses débuts, à savoir trois ans maxi entre deux albums, il a fallu six ans après Babylon (2009) pour que W.A.S.P. se décide enfin à sortir son 15ème opus dont l’écriture n’a commencé qu’en 2011.

Plusieurs raisons à cela, d’abord une tournée chaotique célébrant les trente ans du groupe, des blessures à l’épaule et une jambe cassée pour Blackie Lawless dont il a mis pas mal de temps à se remettre. Et puis surtout, notre chanteur est de nouveau pote avec le bon Dieu, si, si ! Terminé d’après lui, les paroles « sex, drug et rock’n roll », il faut s’assagir (bon on a un peu vieillit aussi quand même!) et donner à réfléchir d’où un choix de textes où il est question de la foi, de Dieu et de ses copains, du vaste monde et de sa folie.

Ce retour en grâce du Seigneur auprès de Blackie est tel qu’il n’est plus question de jouer sur scène « Animal (Fuck like a Beast) » et tous ces titres, (doux Jésus!), d’une lubricité insoutenable.  Et s’il est vrai qu’avec Babylon nous avions déjà les prémices de l’orientation biblique des textes écrits par Blackie, c’est confirmé avec ce Golgotha (colline où Jésus Christ fut crucifié), au point qu’on pourrait subodorer que le groupe ait versé un chouïa dans le White Metal.

Bon je me moque un peu mais « qui aime bien châtie bien » dit-on et Blackie a beau être un sacré personnage, c’est tout de même un génie quand il s’agit de composer et cet opus ne déroge pas à la règle. Alors les esprits chagrins diront que W.A.S.P. se répète, s’autoplagie et que Golgotha n’apporte rien de nouveau à la discographie du combo dont Blackie est le seul membre d’origine. Il y a sûrement du vrai, mais W.A.S.P. fait du  W.A.S.P., moi j’adore, c’est tout ce que je demande, et cet album est certainement le meilleur que Blackie ait réalisé depuis le monumental et génialissime The Crimson Idol (1992), sans pour autant l’égaler.

D’abord, le son : Bravo Blackie! Oubliées les productions genre « je l’ai enregistré tout seul dans mon garage » qui malheureusement ne rendent pas honneur aux vieux albums du groupe. Ici c’est du béton armé, le mixage est nickel et aucun instrument n’est laissé au hasard. Et puis la voix… cette voix si unique qui en plus de la musique, fait de W.A.S.P. un groupe reconnaissable entre milles. Là encore, le rendu fait que la magie opère sur tout l’album.

Blackie a voulu faire un album qui se rapproche des premiers et il est vrai qu’on retrouve pas mal de The Last Command (1985), avec les deux premiers titres.
« Scream » est du même acabit que « Wild Child » par exemple ainsi que « Last Runaway », autobiographique, qui raconte l’époque hollywoodienne du chanteur alors adolescent.
Mais  globalement Golgotha ressemble davantage à Babylon ou Dominator (2007), voire The Crimson Idol.

Toujours est il, que comme d’ habitude Blackie nous a pondu des refrains hyper addictifs et des compos bourrées de feeling, même lorsqu’il s’agit de titres plus Hard Rock/ Heavy tel « Shotgun », qui débute comme « Nasty » sur Inside the Electric Circus (1992)! (ce riff me fait également penser à « I Put the Finger on You d’ AC/DC, en plus rapide). Démonstration est faite que Blackie est toujours très en forme sur ce morceau varié où il se balade en modulant sa voix portée par le jeu impeccable des musiciens.

Effectivement, les neuf morceaux sont riches dans leur construction, avec beaucoup de changement de rythmes. C’est aussi parce qu’ils sont longs, pas un qui fait moins de cinq minutes et cela nous donne tout le loisir d’apprécier chaque artiste sans qu’on ait le sentiment qu’il manque un peu de ceci ou de cela.

Le parfait exemple en est la sublime ballade « Miss You » qui pour moi figure parmi les plus belles du Metal, tous genres confondus. 7,40 de pure émotion qui commencent sur un chant plaintif et écorché de Blackie.  Refrain déchirant. L’émotion est encore plus intense avec les deux soli de Doug Blair qui sait faire pleurer sa guitare de telle manière que dès le premier on sent la petite larme arriver. L’écoute du second (plus de 2 min), qui termine le morceau, nous achève.
Et lorsqu’on sait que  cette chanson fut d’abord écrite pour The Crimson Idol, (puis abandonnée) et qu’elle raconte ce moment où Jonathan s’agenouille sur la tombe de son frère, elle vous prend encore plus aux tripes.

Cet côté mélancolique de l’album se poursuit avec « Fallen Under » titre énervé et rageur au break qui monte en puissance soutenu par la batterie de Michael Dupke (qui quittera le groupe après la sortie de Golgotha), mais aussi l’enlevé « Slave of the New World Order », en deux parties qui nous laisse entendre un Blackie en colère. Son chant est accompagné de riffs et de soli de guitare sur plus de 7,30 min.

« Eyes of My Maker » et Hero of the World » s’ inscrivent dans le même moule. A noter sur « Eyes of My Maker » un break qui met particulièrement en valeur une belle ligne de basse de Mike Duda, basse efficace qui n’a pas été « oubliée » au mixage comme c’est trop souvent le cas sur certaines productions.
« Golgotha », le morceau titre et deuxième ballade est du même tonneau que « Miss You », un peu trop ressemblante peut être. Blackie y crie son amour pour Jésus, « Jesus, I need you know… ». Dernier très beau solo de Doug Blair.

Sera t’il sauvé, y a t’il un espoir pour lui? se demande Blackie, terminant ainsi l’album sur ces questions existentielles. Quoiqu’il en soit, il faut croire que Dieu lui a soufflé de bonnes inspirations car cet album est vraiment une réussite. Les esprits « chagrins », je vous demande de vous arrêtez 🙂 ! J’espère que le prochain sera aussi bon sinon meilleur.

 

Tracklisting :

1. Scream
2. Last Runaway
3. Shotgun
4. Miss You
5. Fallen Under
6. Slaves Of The New World Order
7. Eyes Of My Maker
8. Hero Of The World
9. Golgotha

 

Line up :

Blackie Lawless : Chant, guitares, claviers
Douglas Blair : Guitare, chœurs
Mike Duda : Basse
Michael Dupke : Batterie

Label : Napalm Records

Producteur : Blackie Lawless

Date de sortie : 2 octobre 2015

 

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