X1V6ecNCuWQANGRA est-il condamné à être un éternel Phénix ? Combien de fois se relèvera-t’il avant de succomber définitivement ?

Depuis le précédent album, Aqua, bien des tempêtes ont soufflé sur la côte Brésilienne : Edu Falaschi, chanteur-compositeur méritant mais décrié, décide de quitter le groupe après 10 ans d’effort à tenter de faire oublier André Matos, las de devoir chanter contre-nature avec des notes trop hautes pour lui ; Ricardo Confessori, batteur original démissionnaire le temps d’aller fonder SHAMAN avec André Matos, puis revenu au bercail pour succéder à son successeur, Aquiles Priester, renvoyé pour s’être un peu trop épanché dans la presse… bref, Ricardo Confessori quitte à nouveau le groupe ; et enfin, last but not least comme disent nos amis anglais, le guitariste virtuose Kiko Loureiro est recruté par MEGADETH et ne pourra promouvoir l’album qui s’apprête à sortir… Beaucoup ont alors pensé que le guitariste fondateur, Rafael Bittencourt, baisserait les bras. Heureusement pour les quelques fans qui restent, celui-ci décide de rempiler : Fabio Lione, le réputé chanteur de RHAPSODY qui a assuré l’interim sur scène le temps de fêter les 25 ans du groupe (immortalisé en vidéo), est intégré pour de bon, et le jeune (mais virtuose) Bruno Valverde tiendra les baguettes. Quant à la scène, Marcelo Barbosa, guitariste d’ALMAH (le groupe mené par Edu Falaschi) remplacera Kiko. En attendant, c’est bien ce dernier qui enregistre les parties de guitare.

Avant de poursuivre, je vous dois également quelques mots à mon sujet, non par égo-centrisme, mais par honnêteté. Par définition, une chronique est la formalisation d’un avis sur un album, et celui-ci est fondamentalement subjectif. Il peut alors être intéressant de savoir dans quelles dispositions se trouve le chroniqueur afin de voir si vous pouvez vous fier ou non à son avis ! Dans le cas d’ANGRA, nombre de puristes ont refusé de donner une réelle chance à l’ère Edu Falaschi, et n’en finissent pas d’appeler de leurs voeux de le retour de l’enfant prodige ô combien charismatique, André Matos. Je ne fais pas partie de ceux-là. Malgré toutes ses limites scéniques, Edu a selon moi énormément apporté en terme de composition. Pire, même les décriés Aurora Consurgens et Aqua me paraissent excellents. Bref, sachez, amis lecteurs, que je suis quelqu’un de très bienveillant vis-à-vis d’ANGRA !

Après ces deux introductions, il est temps de rentrer dans le vif du sujet : que vaut donc Secret Garden ?

Comme Rebirth, celui-ci marque une nouvelle fois le début d’une nouvelle ère, entre héritage et modernité. Et dès le bien nommé « Newborn Me » le ton est donné. Derrière une puissante accroche metal mélodique comme MASTERPLAN pourrait le proposer, arrive un instrumental qui renoue avec l’identité traditionnelle d’ANGRA (percussions, guitare classique). Et Fabio Lione délivre une performance tout à fait digne d’intérêt, moins maniéré qu’André Matos, plus puissant qu’Edu Falaschi. Ce premier sentiment ne cessera de se confirmer au fil des titres : le registre est largement orienté power metal (« Black Hearted Soul », « Perfect Symetry », « Final Light »), mais ça et là, des touches ethniques ou progressives (« Storm of Emotions », « Upper Levels ») viennent donner du relief à l’ensemble et confirmer la filiation avec l’héritage ANGRA, lequel a toujours proposé une musique bien plus riche que le seul power mélodique. Egalement traditionnels, mais réalisées avec beaucoup de savoir-faire, les calmes « Storm of Emotions » et « Silent Call » viennent aérer l’ensemble.

Au delà de l’héritage, l’album révèle toutefois quelques surprises bienvenues, nécessaires pour renouveler l’intérêt d’un auditeur qui pourrait déplorer de naviguer dans des eaux trop connues. Et ces surprises, il faut notamment aller les chercher du côté des invités : pour la premières fois, une chanteuse est invitée pour assurer non seulement des parties dédiées (comme à l’époque de Temple of Shadows avec Hansi KUSCH et Kaï HANSEN), mais bien pour tenir seule le micro, et pas sur n’importe quel titre mais celui qui a donné son nom à l’album : c’est donc seule que Simone Simmons (EPICA, NIGHTWISH) interprète le chant du titre « Secret Garden ». Je dois toutefois reconnaître qu’au delà de la sympathie de la démarche, ce titre façon power-ballad comme le groupe en propose régulièrement figure parmi les moments faibles de l’album. Autre invitée, Doro PESCH (WARLOCK) vient épauler Rafael BITTENCOURT sur le plus ambitieux « Crushing Room », porté par une mélodie toute en mélancolie.

L’autre nouveauté, bien plus intéressante que l’ajout de nouvelles textures vocales, c’est la modernité de certaines tonalités. Celle-ci est d’ailleurs totalement assumée sur un titre tel que « Violet Sky », assurément un des temps forts de l’album.

Enfin, ce tour d’horizon ne serait pas exhaustif sans citer cette reprise du « Synchronicity II » de POLICE à la sauce ANGRA. Je dois être honnête, je ne comprends pas la démarche. Ce titre semble avoir été présenté comme bonus dans certaines éditions mais c’est bien au coeur de l’édition Européenne que figure ce titre. C’est bien joué, mais est-ce ANGRA, est-ce que ce titre permet de comprendre l’identité ANGRA ? Pour moi non.

Au final, si Secret Garden ne peut à aucun moment prétendre intégrer le top 3 de la discographie du groupe, l’album rassure quant aux ambitions créatrices de cette nouvelle formation. Le tout n’est pas encore imparable et l’identité reste en devenir, mais le potentiel est indéniablement là.

Tracklisting :

01. Newborn Me
02. Black Hearted Soul
03. Final Light
04. Storm of Emotion
05. Synchronicity II
06. Violet Sky
07. Secret Garden
08. Upper Levels
09. Crushing Room
10. Perfect Simmetry
11. Silent Call

Musiciens :

Bass – Fekipe Andreoli
Drums – Bruno Valverde
Guitar – Rafael Bittencourt
Guitar – Kiko Loureiro
Vocals – Fabio Lione

Label : Edel Music

Producteur : Jens Bogren

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