DeepPurpleMadeInEurope273_fDifficile de ne pas voir en Made In Europe une légère escroquerie. Lorsqu’il sort en 1976, Deep Purple a déjà splitté et Ritchie Blackmore a quitté le groupe depuis un an. On sent la volonté des personnes ayant la main sur le catalogue du groupe (label et management) de vouloir rentabiliser leur poule aux oeufs d’or encore une fois. Made In Japan avait été un hit ? Pourquoi ne pas lui offrir une suite. Les derniers concerts avec Blackmore ayant été en Europe (Graz, Saarbrücken et Paris), on l’appellera Made In Europe. Sur papier, cela a de quoi séduire, mais la réalité est un peu décevante. L’album ne comporte que cinq titres, tous issus de mark III, amputant de moitié les concerts donnés alors. Qui plus est, les titres ne sont pas dans le bon ordre et cela se sent, par les blancs d’une part, par l’ambiance de l’autre. « Mistreated » arrive ainsi bien trop tôt et « Stormbringer » bien trop tard (pourquoi ne pas avoir inversé ?).

Passé ce détail, Made In Europe montre un Deep Purple en grande forme. Les versions de « Burn », « Lady Double Dealer » et « Stormbringer » sont excellentes et pleine de la rage sauvage qui caractérisait le groupe à l’époque tandis que chaque musicien offre une performance grandiose. Difficile de croire que Blackmore est prêt à quitter le groupe (il annoncera sa décision aux autres après le concert de Paris) tant il brille par ses riffs et ses solos. Cela dit, on peut reprocher au guitariste cette tendance à faire de longues improvisations en solitaire où on a parfois l’impression qu’il oublie la présence du public. C’est surtout notable sur « You Foool No One » où les petits délires du groupe qui étaient sans doute prenants en vrai sont bien longs à écouter, que ce soit l’intro de Blackmore et Lord ou les solos de Blackmore puis Paice qui finissent par sembler interminables. Et c’est bien dommage car lorsqu’ils se retrouvent tous ensemble (en jam ou sur les parties originales du titre), cela devient magique entre la guitare de Blackmore, la basse lourde et funk de Hughes, les rugissements de l’orgue de Lord et ces phénoménales parties de batteries de Ian Paice. Pas grand chose en revanche à critiquer de « Mistreated », malgré ses 11 minutes 32 qui passent comme une lettre à la poste, David Coverdale étant en grande forme même si, comme cela deviendra une habitude, il abuse un peu sur les « baby, baby » a capella.

Si on peut comprendre que les classiques du mark II (« Smoke On The Water », « Space Truckin » et « Highway Star ») n’aient pas été retenus, il est regrettable qu’aucune place n’ait été trouvée pour conserver « The Gypsy » ou « Going Down ». Au final, malgré la qualité du matériel à disposition, Made In Europe donne l’impression d’un produit bâclé. Avec les sorties des concerts de Graz et de Paris (et malgré les agaçants « assis ! assis ! », preuve du manque d’esprit Rock ’n’ Roll du public français de l’époque), l’album n’a plus vraiment de raison d’être, si ce n’est pour les fans, d’autant que le concert de Saarbrücken (celui qui aurait servi de base à ce live) n’a pas encore été édité à ce jour.

Tracklist:
1. Burn
2. Mistreated
3. Lady Double Dealer
4. You Fool No One
5. Stormbringer

Musiciens:
David Coverdale: Chant
Ritchie Blackmore: Guitare
Jon Lord: Claviers
Glenn Hughes: Basse et chant
Ian Paice: Batterie

Producteur: Martin Birch

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