shiraz-lane_carnival-daysDepuis la sortie du EP Be The Slave Or Be The Change en 2015, le quintette finlandais SHIRAZ LANE s’est positionné comme un des plus sérieux espoirs de la scène Hard Rock mondiale. L’enthousiasme transmis par celui-ci s’avérait si contagieux que de nombreux fans se sont entichés de ce groupe, qui a par ailleurs été complimenté par de nombreux musiciens confirmés de la scène Hard/Heavy finlandaise. Un an après, les choses plus sérieuses ont commencé avec une signature chez Frontiers Records, suivie de la sortie de son 1er véritable album studio, intitulé For Crying Out Loud. Si on pouvait déceler le potentiel de SHIRAZ LANE à travers cet opus, renfermant quelques très bons titres, on restait néanmoins sur notre faim car on avait le sentiment que ce jeune quintette finlandais n’exploitait pas à plein régime son potentiel, entrevu sur le EP de ses débuts.D’autre part, de nombreuses erreurs de jeunesse pouvaient être perçues et il manquait à ce 1er album studio de SHIRAZ LANE un supplément d’âme, une personnalité plus affirmée, les influences de ce combo (de THE DARKNESS à AEROSMITH, en passant par GUNS N’ ROSES, SKID ROW, SLAUGHTER, voire FIREHOUSE) n’étant pas, semble-t-il, totalement digérées.

Aussi, la sortie du second album studio Carnival Days, annoncée depuis fin 2017, résonnait déjà comme un test de vérité pour ce jeune combo, qui n’a pourtant pas ménagé sa peine en tournant sans relâche.  On se demandait alors comment SHIRAZ LANE allait évoluer par rapport à son prédécesseur, For Crying Out Loud. SHIRAZ LANE allait-il partir dans une direction plus Heavy, plus bluesy ? Ou bien, allait-il accentuer la facette la plus Pop, la plus accessible pour se rapprocher de ce qu’a proposé dernièrement H.E.A.T ou, pire, SANTA CRUZ sur son dernier forfait en date (Bad Blood Rising, pour rappel) ?

Et bien, à l’écoute de ce Carnival Days, on peut dire que ce jeune quintette finlandais a considérablement gagné en maturité et, sur le plan artistique, quelques évolutions, quelques avancées méritent d’être signalées. Ce second opus de SHIRAZ LANE se voit enrichi par des apports de saxophone, de cuivres et de piano judicieusement trouvés, tandis que le chanteur Hannes Kett module davantage sa voix, lui qui s’est souvent distingué par des montées dans les aigus assez élevées.

Les premiers titres qui ont circulé sur le Net, via YouTube, voire Deezer, avaient plus ou moins mis la puce à l’oreille. Si le Hard Rock pratiqué par SHIRAZ LANE se veut toujours enjoué et passionné, il se pare de nouveaux oripeaux qui, tout bien considéré, lui vont très bien au teint et lui permettent de s’affirmer davantage. L’écoute de « Carnival Days », titre agrémenté de couplets swinguants, d’ambiances jazzys bien valorisées par l’apport piano/saxophone, d’un refrain joyeux à reprendre en chœur en toutes circonstances en frappant dans les mains, de « People Like Us », qui fait penser à une sorte de jam aussi jouissive qu’impromptue entre AEROSMITH, ELECTRIC BOYS et les QUIREBOYS avec ses relents funkys et son ambiance cabaret apportée par ce piano exubérant, ainsi que son refrain terriblement contagieux et ses chœurs irrésistibles, vont dans ce sens et valorisent comme il se doit un groupe inspiré et ayant passé la vitesse supérieure par rapport aux opus précédents. Dans cette même optique, on peut aussi ajouter comme titre « Gotta Be Real », une compo à l’enrobage plus résolument Pop, aux mélodies aériennes et envoûtantes qui est habilement déguisée en ballade et a ce qu’il faut pour faire grimper au plafond l’auditeur avec son refrain plus enlevé, un poil plus musclé parsemé d’ambiances tantôt jazzy, tantôt bluesy et qui fait monter l’intensité d’un bon cran.

Si SHIRAZ LANE a toujours revendiqué parmi ses influences principales GUNS N’ ROSES et SKID ROW, on constate que ces influences sont désormais bien digérées et que le quintette finlandais s’en est affranchi. On peut s’en apercevoir sur « The Crown », une compo punchy accrocheuse à souhait (avec, notamment, ces chœurs légers typiques de ce qu’on trouvait dans le Glam à l’époque, mais avec ce petit quelque chose en plus) qui se révèle être un crossover réussi entre SKID ROW et HANOI ROCKS. En parlant de HANOI ROCKS, SHIRAZ LANE se permet un petit clin d’œil appuyé envers leurs légendaires compatriotes, sans pour autant les plagier, sur « Tidal Wave », titre joyeux, festif, groovy qui se signale par une rythmique bien sautillante et fait taper du pied. Les origines scandinaves du groupe apparaissent de manière flagrante sur « Harder To Breathe », qui s’inscrit dans la tradition du Hard Rock tel qu’il se pratique dans les pays de l’Europe du Nord et n’est pas très éloigné de ce que fait CRAZY LIXX, voire PRIVATE LINE à ses débuts (il y a une douzaine d’années, quand même), mais s’avère efficace juste comme il fait grace à ses nuances dans sa structure mélodique et au batteur (Ana Willman) particulièrement au taquet. Si « Shot Of Life », énergique à souhait, s’inscrit dans la continuité de ce que faisait SHIRAZ LANE auparavant, en dépit de quelques brèves mélodies hindoue en guise d’intro/outro exotique, si le mid-tempo « War Of Mine », est plus conventionnel en s’inscrivant dans les canons du Hard Rock US 80’s, à mi-chemin entre KILLER DWARFS et POISON et reste sympa à entendre, c’est avec le titre « Reincarnation » que SHIRAZ LANE s’est véritablement surpassé et a le plus surpris: cette compo épique qui s’étire sur presque 8 minutes flirte avec le Progressif sans pour autant donner dans la démonstration. Le début calme, avec ses mélodies mélancoliques aux accents Pop, laisse croire qu’on a affaire à une ballade, puis peu à peu la rythmique se fait plus incisive, la trame mélodique, toute aussi prenante et accrocheuse, monte crescendo en puissance, puis au bout de 3 minutes, des riffs résolument Heavy font basculer le titre dans le dur, dans des sphères plus résolument Metal avec un chant plus survolté avant le solo de guitare qui fait retomber l’intensité et précède un passage Reggae inattendu de 1 minute et c’est le refrain final qui vient parachever ce titre de la même manière qu’il a commencé. Tout simplement magistral ! J’ajouterai même que sur ce titre, SHIRAZ LANE a réussi là où Axl Rose a loupé son coup sur « Prostitute » (titre qui cloture Chinese Democracy).

La vraie ballade de l’album, justement, elle précède « Reincarnation » et a pour titre « Hope ». Enfin, là, on devrait plutôt parler de power-ballad, laquelle se distingue par une belle montée en puissance jusqu’au refrain, plein d’intensité. Il s’agit précisément du type de power-ballad qu’AEROSMITH n’a plus réussi à faire depuis l’époque de Get A Grip. Bien exécuté, ce titre aurait pu rivaliser avec les « Cryin’ « , « November Rain », « Nothing Else Matters », « Bed Of Roses » si on était en 1992/1993, si vous voyez ce que je veux dire…

Si l’ensemble de cet album est plutôt réjouissant, on y recèle quand même un faux pas, une faute de goût même. En effet, « Shangri-La » est un titre Pop trop facile d’accès (et dans le registre Pop, SHIRAZ LANE a démontré qu’il se débrouillait assez bien), trop calibré radios (actuelles) et le refrain est particulièrement bâclé, limite « boys-bandesque ». Pour le coup, on n’est pas très loin de ce qu’a fait H.E.A.T sur son dernier album, voire RECKLESS LOVE. Bref, s’il y a un titre à zapper sur ce disque, ce serait celui-là.

Au final, SHIRAZ LANE s’est fendu d’un disque réussi, avec quelques bonnes surprises. On sent bien que Carnival Days a été réalisé avec passion, les musiciens jouant bien sans jamais trop en faire. Varié à souhait, ce disque est plus groovy, plus coloré, ce qui démontre qu’on peut encore faire en 2018 du Hard Rock traditionnel et inspiré, en s’écartant par instants des sentiers battus, sans pour autant dériver dans le hors-piste. On peut aussi ajouter que le chanteur Hannes Kett maitrise davantage son registre vocal, n’abuse plus du falsetto, tandis que le groupe affirme davantage sa personnalité en ayant corrigé certains défauts. L’ensemble de cet album est résolument positif, optimiste, au point qu’on a envie de chanter à tue-tête les refrains de certains titres, tout en tapant du pied et en frappant dans les mains. Ayant culminé à la 28ème place du Top album finlandais, Carnival Days a fait mieux que For Crying Out Loud (lequel s’était hissé à la 36ème place 2 ans plus tôt). Maintenant, on peut souhaiter à ce quintette finlandais de continuer d’aller de l’avant et d’obtenir la reconnaissance, la consécration qu’il mérite.

Tracklist:

1. Carnival Days
2. The Crown
3. Harder To Breathe
4. Tidal Wave
5. Gotta Be Real
6. People Like Us
7. Shangri-La
8. War Of Mine
9. Shot Of Life
10. Hope
11. Reincarnation

Line-up:

Hannes Kett (chant)
Jani Laine (guitare)
Miki Kalske (guitare)
Joel Alex (basse)
Ana Willman (batterie)

Producteur: Per Haldeheim

Label: Frontiers Records

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