aorhardfm

Pour commencer, ne nous affolons pas. Il ne s’agira pas dans cet article de dézinguer une énième fois ce genre très habituellement honni des critiques, et pour la simple raison que je l’apprécie et que cette posture de rejet bête et méchant n’a que trop duré. Il ne sera pas question ici de jugements de valeur mais d’étiquette, de ces deux lettres : « FM », à mon sens trop imprécises, voire même ambiguës, en plus d’être obsolètes.

Imprécis et ambigu car le terme « hard FM » est de plus en plus souvent utilisé comme synonyme avec l’AOR. Dans nos conversations ou nos chroniques, « hard FM » et « AOR » se confondent et s’entremêlent, or la différence entre les deux me paraît considérable.

Le hard FM et l’AOR, deux styles distincts…

Le « hard FM », comme son nom l’indique, est bel et bien assimilé au hard rock, fut-il « FM-iné » comme le disaient parfois ses détracteurs, jadis, en ricanant.

L’AOR, en revanche, n’est rien d’autre que du rock, style qu’il contient d’ailleurs dans son nom. Car quels que soient les termes que l’on attribue aux deux premières lettres de l’acronyme (« Adult Oriented » ou « Album Oriented »), la troisième ne fait pas débat : « R » pour rock. Autrement dit, l’AOR n’est pas du hard rock.

Mais avant d’enterrer l’étiquette « hard FM », tentons de le distinguer plus précisément de l’AOR. En tant que variante du hard rock, ledit hard FM en reprend certains éléments. Et pour les identifier plus clairement, revenons aux origines : vers la fin des années 60, la distinction entre le rock et ce que l’on nommera hard rock se fait essentiellement sur une certaine recherche de puissance et d’agressivité. On retrouve ces particularismes de manière évidente dans les guitares, plus lourdes, plus saturées et plus virevoltantes que dans le rock, mais on les retrouve également dans le chant qui se distingue généralement du rock par plus de rugosité et une tendance à monter fréquemment dans les aigus. L’exemple typique est Led Zeppelin (mais on pourrait évidemment en citer d’autres) qui sont considérés par beaucoup comme les géniteurs du hard rock. On en retrouve l’archétype sur quelques uns de leurs premiers titres : « Communication Breakdown », et plus encore, à partir de l’album suivant avec « Whole Lotta Love » ou « Heartbreaker » et plus tard « Immigrant Song » ou « Black Dog ».

Sur cette base établie par les pionniers, le genre hard rock part dans différentes directions, et c’est ainsi que s’opère un mariage que certains estimeront contre-nature, et qui mélange la plupart des éléments du hard rock précédemment relevés à des sonorités et des structures plus pop : adjonction fréquente (mais pas systématique pour autant) de claviers aux sonorités de plus en plus synthétiques, structures simplifiées, productions léchées et mélodies accessibles à un plus large public. Autrement dit, des éléments que l’on retrouve certes souvent dans l’AOR, mais qui ne sont dans ce dernier pas combinés à ceux du hard rock que nous avons notés plus haut.

Les albums les plus représentatifs du genre « hard FM » sont généralement sortis dans le milieu des années 80 et on pourra citer des références comme les premiers BON JOVI, « Hysteria » de DEF LEPPARD ou encore « The Final Countdown» d’EUROPE.

L’AOR, de son côté, a émergé plus tôt, vers la fin des années 70. Sans chercher à en identifier les prémices, les albums les plus emblématiques du genre sont à chercher du côté de JOURNEY entre « Escape » et « Raised On Radio », « The Seventh One » de TOTO, ou encore « Vital Signs » de SURVIVOR, pour s’en tenir à des albums très populaires.

Dans les faits, les choses ne sont évidemment pas toujours aussi tranchées, et l’on retrouve chez certains groupes une tendance à faire des va-et-vient entre les deux styles en y en ajoutant parfois d’autres, et c’est le cas par exemple de NIGHT RANGER ou de HEART dans les années 80, et de plus en plus rarement pour Journey à partir de « Escape ».

Les inconvénients de l’étiquette « hard FM »

L’étiquette « hard FM » a selon moi de nombreux inconvénients. D’abord, elle n’a pas d’équivalent clair dans le monde anglophone. Si la paternité du terme est obscure, son origine géographique semble en effet plus évidente : l’étiquette « hard FM » est une invention française, et cette spécificité la rend absolument absconse à tout interlocuteur anglophone. Par ailleurs, cette étiquette a vécu, et mal, car si la musique qu’elle désigne a bien trouvé quelques (rares) relais sur les ondes françaises dans les années 80, elle n’y occupe plus, et depuis longtemps, la moindre place. Dès lors, pourquoi continuer à parler de nos jours de « hard FM » pour désigner des groupes qui n’ont plus accès aux programmations des radios ?

Mais par quoi remplacer le terme « hard FM » ? Ici se pose un autre problème, car nous pourrions, en cherchant à nous conformer aux usages des anglo-saxons, lui substituer l’étiquette « glam metal » ou « hair metal ». Or ces étiquettes sont d’une plus grande imprécision encore. Elles amalgament en effet des groupe aussi différents musicalement que Bon Jovi, Motley Crue, Van Halen, WASP ou Quiet Riot. Elles ont tout de même un avantage : en se focalisant sur des critères plus vestimentaires et capillaires que strictement musicaux, elles opèrent un distinction claire avec le genre AOR dont elles excluent la plupart des représentants. Les inconvénients me paraissent cependant l’emporter sur ce petit avantage.

Un terme utilisé également chez les anglophones, et qui se rapporte à une particularité strictement musicale pourrait peut-être mieux convenir : hard (rock) mélodique. Avec cette étiquette facilement traduisible, peu de confusion possible : il s’agit bien de hard rock, et d’un hard rock qui met l’accent sur la mélodie. Mais un terme mieux approprié encore reste peut-être à trouver.

Bien sûr, ces considérations reviennent un peu, comme l’écrivait Céline, à enculer les mouches. Il serait par ailleurs présomptueux de penser que cet article mettra tout le monde d’accord. Certains me diront même que les étiquettes n’ont guère d’importance, et ils n’auront pas tout à fait tort, sauf peut-être pour l’exercice qui nous occupe sur HR80, sur le site comme sur le forum, ou dans nos conversations de passionnés : celui de parler des disques que nous aimons, et communiquer l’envie de les écouter. De la même manière qu’on parle difficilement d’un vin sans un minimum de vocabulaire, il semble difficile de parler de musique sans quelques étiquettes.

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