toto2015On ne savait trop, sur « Falling In Between », à quoi jouait exactement TOTO. L’album était aventureux, et il manquait souvent une chose essentielle : l’identité du groupe. La réponse arriva assez rapidement durant les deux années qui suivirent la sortie du disque : Toto jouait à tomber en quenouille. Pas toujours de son fait, d’ailleurs. Il y avait la fatigue de David Paich, puis la maladie de Mike Porcaro, et enfin la crise que traversa Steve Lukather au tournant de la cinquantaine. L’homme inquiétait, il jouait avec le feu, ou plutôt, avec l’eau de feu. Arriva ce qui devait arriver : Toto disparut en 2008, enterré par un Steve Lukather qui, seul devant la fosse, n’avait plus que des miettes à ensevelir.

Depuis ses débuts, Toto est avant tout une affaire de famille, et il fallait une raison familiale pour ressusciter le groupe. La raison qui réunit de nouveau le groupe, à l’initiative, entre autres, de David Paich, était impossible à refuser pour les membres historiques de Toto : il s’agissait de venir financièrement en aide à Mike Porcaro, atteint d’une grave maladie neurodégénérative. Toto retrouvait alors les chemins de la scène, et hormis Bobby Kimball, tous ceux qui ont marqué l’histoire du groupe étaient là : Paich, Lukather et Steve Porcaro faisaient à nouveau équipe avec Joseph Williams ; Simon Phillips, le remplaçant de Jeff Porcaro après son décès en 1992, reprenant quant à lui le rôle de batteur. Le poste de bassiste était confié provisoirement à Nathan East, jusqu’au retour, certes éphémère mais symbolique, de David Hungate qui refit un passage dans le groupe en 2014, plus de 30 ans après l’avoir quitté (on le retrouve également sur quatre titres de « Toto XIV »).

Toto venait de fêter ses 35 ans d’existence et retrouvait semble-t-il une nouvelle jeunesse en réunissant la bande d’amis du lycée Grant de Los Angeles , où le groupe trouve ses origines (sans faire partie de la bande à l’époque, Joseph Williams y étudia lui aussi). Il n’en fallait pas plus pour leur redonner envie de faire de la musique ensemble, et un nouvel album fut annoncé. Entre temps, Simon Phillips s’en était allé, et c’est donc avec un nouveau batteur – Keith Carlock (qui a notamment joué avec STEELY DAN) – que Toto enregistrait ce disque au nom trompeur.

Il s’agit en effet plutôt du douzième album studio, du moins, si l’on ne retient pas la compilation d’inédits « Toto XX » et l’album de reprises – qu’on oublierait facilement – « Through The Looking Glass ». Cette précision apportée, dans quel état de forme revenait Toto en 2015 ?

Sans trop s’avancer, il apparaît très vite, en écoutant cet album, que le groupe va bien mieux qu’en 2006. Il se dégage en effet de ce disque une atmosphère de fraîcheur et, même, un certain bonheur de retrouver un groupe qui, enfin, ne se cherche plus. Sans aller jusqu’à le comparer aux chefs-d’œuvre du passé, on se réjouit de trouver quelques titres dont la qualité n’en est pas si éloignée. Il s’agit entre autres de « Orphan » et « All The Tears That Shine » dont les refrains et les lignes mélodiques surprennent. On se plaît aussi à retrouver Toto dans un registre purement westcoast sur « Chinatown » (et certaines parties de  « 21st Century Blues »). Il est également réjouissant de remarquer ici et là des subtilités d’arrangements apportées vraisemblablement par Steve Porcaro. On retrouve même le claviériste au chant sur « The Little Things », ce qui n’était plus arrivé sur un album de Toto depuis… 1982, si je ne m’abuse. Lorsque le groupe sonne plus moderne, il ne s’égare pas non plus, comme on peut le constater sur le très beau « Burn ».

Abrégeons cette chronique déjà beaucoup trop longue. Ce disque a-t-il des faiblesses ? Oui, bien sûr, mais à la marge, et pas suffisamment pour en tenir vraiment compte. Certains titres marquent moins que d’autres. On pourra aussi regretter que le groupe semble parfois encore demander à la critique un brevet de respectabilité en poussant sa chansonnette à prétention politique. C’est le cas sur « Holy War », et ce n’est pas l’exercice dans lequel Toto brille le plus. Sur ce titre, la mélodie comme le fond sont assez plats.

Quoi d’autre ? Pas grand-chose, car il ressort avant tout de ce disque un plaisir d’écoute qu’on n’avait plus ressenti depuis, au moins, « Tambu », plaisir du reste assez immédiat. Nul ne sait combien de pages de ce nouveau chapitre de l’histoire de Toto seront écrites. Il semble en tout cas que le groupe ait encore envie de nous proposer du neuf, ce malgré le décès de Mike Porcaro, cinq jours avant la sortie de l’album dont il est ici question… C’est en tout cas le signe qu’on voudrait retenir de son actualité, avec la sortie imminente de « 40 Trips Around The Sun », une compilation célébrant le quarantième anniversaire de la sortie du premier album, incluant trois nouveaux titres.

Célébrera-t-on un 45ème, voire un 50ème anniversaire de Toto ? Dieu seul le sait…

Tracklist :
1. Running Out Of Time
2. Burn
3. Holy War
4. 21st Century Blues
5. Orphan
6. Unknown Soldier (For Jeffrey)
7. The Little Things
8. Chinatown
9. All The Tears That Shine
10. Fortune
11. Great Expectations

Musiciens :
Joseph Williams : chant, clavier
Steve Lukather : chant, guitare, basse
David Paich : chant, piano, orgue, clavier
Steve Porcaro : synthétiseur, clavier, chant (7)
Keith Carlock : batterie, chœurs
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David Hungate : basse
Tal Wilkenfeld : basse
Leland Sklar : basse
Tim Lefebvre : basse
Lenny Castro : percussions
Martin Tillman : violoncelle
C. J. Vanston : synthétiseur, chœurs
Michael McDonald : chœurs
Amy Keys : chœurs
Mabvuto Carpenter : chœurs
Jamie Savko : chœurs
Emma Williams : chœurs
Tom Scott : saxophone, arrangements

Production : C.J. Vanston, David Paich, Steve Lukather, Joseph Williams, Steve Porcaro (7)

Label : Frontiers

 

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