trouble-or-nothin-5331c7dccbddbDans les artistes ayant eu la chance de faire leur apparition dans les charts des ventes, il y a ceux qui ont aligné une liste plus ou moins grande de succès (plus ou moins grands) et puis il y a ceux qui n’ont eu qu’un seul tube. Ces derniers sont ce qu’on appelle en Amérique des ‘one hit wonders’. Robin Beck est l’une d’entre eux. « First Time », issu de cet album, fut un très gros hit en Europe, probablement aidé par le fait d’avoir été utilisé par une marque très populaire. Mais à part ce titre on ne peut pas dire qu’elle fit beaucoup de vagues. Il faut dire que cet album sort à une époque où les productions de ce type, y compris chez les femmes, sont assez nombreuses. Et si la belle Robin a une assez jolie voix un peu voilée, elle n’a pas la personnalité d’une Cher ou d’une Bonnie Tyler.

Si je cites ces deux noms, ce n’est d’ailleurs pas un hasard puisque la chanteuse à la fausse bonne idée (mais il est probable que le choix ne vient pas d’elle mais de son label) d’être produit par Desmond Child. Si le producteur et compositeur a le vent en poupe et a valu le succès (ou le renouveau) d’artistes comme Bon Jovi, Alice Cooper, Kiss et… Cher et Bonnie Tyler, il a aussi un très grand défaut. En effet l’homme n’hésite pas à recycler ses titres, principalement ceux n’ayant pas eu le succès escompté, dans l’espoir que cela marche avec un autre interprète. De ce fait, la pauvre Robin Beck se retrouve avec la moitié de son album composé de titres déjà chantés par d’autres interprètes et non des moindres (John Waite, Bonnie Tyler, Pat Benatar). Pour comble de malchance, le premier titre « Hide Your Heart », qui avait été créé par Bonnie Tyler, connait pas moins de quatre reprises pour la seule année 1989 ! Celle de Robin arrive la dernière après Molly Hatchet, Kiss et Ace Frehley. La chanteuse a beau donner tout ce qu’elle a, le résultat n’est pas aussi mémorable que la version de Kiss qui reste la meilleure du titre (normal, Paul Stanley en est le co-auteur). Child a même le culot de lui faire chanter « If You Were A Woman And I Was Man ». S’il devait déjà être difficile de succéder à Bonnie Tyler qui en fit, sans grand succès à part en France, une excellent interprétation, il faut aussi se souvenir que Child avait réutilisé l’essentiel de la mélodie pour « You Give Love A Bad Name », l’un des plus gros tubes de Bon Jovi. « Don’t Lose Any Sleep » est un mi-tempo d’une banalité affligeante (nuançons toute fois, car c’est loin d’être la pire des compositions de Diane Warren) que ni Robin, ni John Waite avant elle, n’ont pu rendre très palpitant.

« Hold Back The Night » est une ballade composée par Child et Alice Cooper et honnêtement on comprend qu’elle n’ait pas été retenue pour Trash. Le titre a été entendu cent fois dans des B.O. de films et même si Robin chante bien, il faut avouer que sa voix n’aide pas à en retirer le côté passe-partout. « Save Up All Your Tears » est un titre AOR comme Child et Warren en ont écrit des pelles depuis quelques années déjà. « In A Crazy World Like This » permet enfin de ne pas avoir un titre estampillé Desmond Child ce qui donne un peu de changement au disque. Cela dit, cette reprise de Pat Benatar n’est pas non plus ce que Neil Giraldo et Billy Sternberg ont écrit de plus marquant. C’est toujours mieux que « Tears In The Rain » qui voit le summum de la mièvrerie Child/Warren. Si vous aimez les ballades plan-plan de la fin des années 80, vous allez adorer. « A Heart For You » est un des deux titres co-écrits par Robin Beck et sans intervention de Desmond Child et de Diane Warren. C’est l’un meilleurs titres de l’album, un des plus ‘Hard’ d’ailleurs et à son écoute on ne peut que hurler en se disant que Child aurait mieux fait de donner sa chance à la chanteuse au lieu de fouiller ses fonds de tiroirs. Même chose avec le très Hard Rock « Sleeping With My Enemy », également écrite par Robin Beck et Jeff Kent. Deux titres qui ne sont pas non plus d’une originalité folle à l’époque, mais qui sont toujours mieux que les miettes de Desmond Child dont les ficelles de compositions commençaient vraiment trop à sentir le réchauffé en cette fin des années 80. Le compositeur se serait assis à une table avec sa chanteuse et ses co-auteurs pour proposer du neuf, il y aurait peut-être eu moyen de sortir quelque chose de vraiment intéressant. L’album finit par « First Time », le tube de l’album… qui ne sera pas composé par Desmond Child. Bon avouons-le, le titre n’est pas extraordinaire non plus, mais il offre quelque chose d’un peu différent qu’un énième titre signé Child/Warren (ensemble ou séparément).

Panne d’inspiration du fait d’avoir trop donné depuis trois ans ? Manque d’intérêt pour une jeune chanteuse qui ne sortait pas vraiment du lot  ? Le tout est qu’on sent que Desmond Child a donné le minimum syndical et que la pauvre Robin Beck n’avait pas suffisamment de personnalité vocale pour transcender le peu d’originalité du matériel à sa disposition. Etre une jolie et bonne chanteuse ne suffit malheureusement pas pour s’imposer. Bien sûr, certains me trouveront cruels vis-à-vis de Robin Beck et de ce deuxième (oui car il y a eu un premier album dix ans plus tôt !) album. Il est certain qu’elle est une très bonne chanteuse, mais encore une fois elle ne sort pas vraiment de la masse. L’album plaira certainement aux amateurs du style, à ceux qui ne se lassent pas des ficelles de compositions – un peu prévisibles à la longue – de Desmond Child et honnêtement, il s’écoute sans déplaisir. Mais il ne marquera pas. Dommage.

Tracklist:
1. Hide Your Heart
2. Don’t Lose Any Sleep
3. If You Were A Woman and I Was A Man
4. Hold Back The Night
5. Save Up All Your Tears
6. In a Crazy World Like This
7. Tears In the Rain
8. A Heart For You
9. Sleeping With The Enemy
10. First Time

Musiciens:
Robin Beck: Chant
Steve Lukather: Guitare
John McCurry: Guitare
Ira Siegel: Guitare
Jeff Mironov: Guitare
Steve Glassman: Basse
Gavin Spencer: Batterie
Steve Ferrone: Batterie
Alan St. John: Claviers
Robbie Kondor: Claviers
Chuck Kentis: Claviers
Brandon Fields: Saxophone

Producteur: Desmond Child

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