m1000x1000Si je vous parle de géographie et de Heavy Metal dans les années 80, vous me répondrez tout naturellement Angleterre (Maiden, Priest, Saxon), Allemagne (Accept, Running Wild), Etat-Unis (Dio, Manowar) et peut-être même le Japon (Loudness) ou la France (Killers, ADX). Il est en revanche peu probable que vous me citiez d’emblée la Russie et pourtant il s’y passait également des choses intéressantes. Dans les années 80, la censure s’estompe peu à peu en URSS et les groupes de Rock (et plus particulièrement de Hard Rock) commencent à sortir du circuit underground. Parmi eux, Aria, un quintet de jeunes musiciens qui ont pour caractéristique d’être pionniers du Heavy Metal. Tout naturellement leurs principales influences sont issues de la NWOBHM mais aussi des groupes allemands dont il était certainement plus facile de se procurer les disques. Leur premier album, Mania Velichia (mégalomanie en français) sort en 1985. Fait particulier (et courant chez pas mal de groupes russes), Aria fait appel à des paroliers extérieurs: Alexander Yelin (surtout) et Margarita Pushkina (dont l’importance ira grandissante). Deux noms qu’on retrouvera fréquemment dans les crédits de groupes de Heavy Metal russes.

« Это рок » (c’est le destin) débute l’album avec un riff très NWOBHM et un rythme plutôt rapide sans être speed. Ce qui frappe d’emblée c’est la voix du chanteur Valery Kipelov. Celui-ci est effet assez éloigné des hurleurs qui caractérisent bon nombre de productions contemporaines. Son timbre se rapproche assez fort de celui de Klaus Meine des Scorpions mais sans la proportion constante de ce dernier à monter dans les aigus. Il est évident que c’est cette voix qui fera la force et l’identité du groupe. Le refrain du morceau est d’ailleurs très mélodique et l’on sent clairement l’influence russe. Basse en avant, guitare harmonisées, « тореро » (toréro) possède l’influence de Maiden, mais à nouveau on sent clairement l’âme russe. Et pas seulement parce que toutes les paroles sont dans la langue de Tolstoï. Les choix mélodique, que ce soit pour la musique ou la ligne de chant, rappellent clairement la musique russe qui de Tchaikovsky à Chostakovitch (sans oublier la très riche musique folklorique) a une solide histoire derrière elle. La langue russe d’ailleurs qui, aussi curieusement que cela puisse paraître, se marie tout à fait bien au style Heavy Metal. Après une intro planante aux claviers façon « Holy Diver », c’est une basse à nouveau très Maiden qui lance l’épique « Волонтёр » (volontaire). Un titre qui démontre que le groupe contient de solide compositeurs, en l’occurence le bassiste Alik Granovsky (principal compositeur du groupe) et le guitariste Vladimir Holstinin. Ce titre est d’ailleurs le premier où l’on entend un peu les claviers de Kirill Pokrovsky autrement qu’en intro ou en outro.

Guitares harmonisées très mélodiques et cavalcades, c’est le programme de « Бивни черных скал » (les défenses de rochers noirs) qui est très fort dans l’esprit de ce qui se fait en NWOBHM. le titre s’en distingue malgré tout par la voix de son chanteur (encore) et les petits passages de guitares harmonisés qui rappellent plus le Fleetwood Mac de Peter Green et Danny Kirwan que Priest et Maiden. Le petit instrumental éponyme est l’occasion de rappeler qui oui, Aria a bien un joueur de claviers dans ses rangs. Avouons-le, ce passage est très kitsch par son aspect entre musique folklorique et musique religieuse orthodoxe. Heureusement, « Жизнь задаром » (vie gratuite) remet vite les pendules à l’heure. Un titre assez intéressant puisqu’il propose des cavalcades de guitares très NWOBHM en opposition avec un chant très mélodieux. « Мечты » (rêves) est un titre plus calme et assez mélodique avec une atmosphère clairement nostalgique. Ce n’est sans doute pas un hasard si la musique a été composée par le chanteur (mais pas les paroles ce qui est amusant). Enfin, « Позади Америка » (l’Amérique est derrière) est l’hymne de l’album. Un titre plus ‘basique’, plus accrocheur. Le genre qu’on peut chanter en coeur en brandissant le poing. Avec un riff bien senti que n’auraient pas renié Scorpions ou Accept.

Ce premier album d’Aria est loin d’être parfait. Les titres sont sympas mais, à part « Позади Америка » et, dans une moindre mesure, l’épique « Волонтёр », manquent encore de ce petit quelque chose qui les rendra vraiment mémorables. On sent que le groupe prend encore ses marques mais qu’il possède quelques atouts de poids: la voix de son chanteur, la capacité à transmettre une influence russe dans la musique, un bon potentiel de compositions. Certains diront que la production n’est pas extra. C’est vrai que le disque souffre d’avoir été auto-produit et de ne pas avoir eu la plus haute technologie de l’époque, mais le rendu n’est pas pire (et même mieux) que les productions de bon nombres de groupes français contemporains. Aria engagera vite un second guitariste pour partir en tournée. Un ajout qui allait s’avérer très bénéfique pour la suite.

Tracklist:
1. Это рок
2. Тореро
3. Волонтёр
4. Бивни черных скал
5. Мания величия
6. Жизнь задаром
7. Мечты
8. Позади Америка

Musiciens:
Valery Kipelov: Chant
Vladimir Holstinin: Guitare
Alik Granovsky: Basse
Aleksander Lvov: Batterie
Kirill Pokrovsky : Claviers

Producteur: Vladimir Holstinin & Alik Granovsky

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