B000002UEB.02.LZZZZZZZLa sortie d’Operation: Mindcrime va signer la consécration de Queensrÿche. Les albums précédents, principalement Rage For Order, les avaient mis en position d’un des groupes les plus prometteurs du Heavy Metal. Si l’influence d’Iron Maiden reste présente, elle s’est malgré tout assez fortement estompée et mêlée à des ambiances plus atmosphériques. Un peu comme Rush le faisait à l’époque mais en plus Metal. De ce fait, Queensrÿche a réussi à se créer un son, un style identifiable entre mille et qui fera de nombreux adeptes.

Avec cet album, le groupe se prête au passage obligé du Rock Progressif: l’album-concept. Et il faut dire qu’au niveau concept, ils ont frappé fort ! Dénonçant l’oppression des masses, on y voit un manipulateur nommé Docteur X lancer un junkie, aidé d’une ancienne prostituée devenue nonne, dans des missions anarchistes qui devraient lui valoir au final le pouvoir. Un sujet fort intéressant alors qu’on se trouve à la fin de la guerre froide et de l’administration Reagan (et à l’aube de l’administration Bush Sr). Alors bien sûr, une bonne histoire c’est bien (et pas si fréquent dans un milieu où sur genre d’exercice est souvent l’occasion de traiter des aléas de la vie de Rock Star – Coucou W.A.S.P., coucou Savatage), mais de la bonne musique, c’est mieux ! Et pour le coup, Queensrÿche a apporté un écrin sonore aussi réussi que son concept, faisant d’Operation: Mindcrime un véritable bijou.

Le début nous présente une ambiance d’hôpital, propice à la rencontre avec notre junkie, Nikki, qui est soigné par une infirmière peu chaleureuse. Cette séance parlée déclenche le délire du malade qui essaye de se souvenir de ce qui lui est arrivé. L’instrumental « Anarchie – X » nous emmène dans le passé et de fort belle manière. A partir de là, les titres s’enchaînent sans coupure (soit en restant dans la continuité musicale, soit par des éléments dramatiques – paroles et bruitages – un peu à la manière de Pink Floyd sur The Wall). « Revolution Calling », « Operation: Mindcrime », « Speak ». Des titres révélateurs sur leur contenu et presque chaque fois des sommets musicaux que bon nombre de groupes envieraient. Car l’un des points fort de Queensrÿche à cette époque est de savoir composer des titres riches musicalement tout en pouvant être tubesques grâce à un refrain et une mélodie accrocheuse. C’est le cas de « Revolution Calling » et des frères jumeaux que sont « Breaking The Silence » et « I Don’t Believe In Love » dont les refrains sont calibrés pour les stades. Un peu comme si Bon Jovi rencontrait Rush.

On retrouve aussi des titres plus ouvertement progressifs comme « The Mission » et le fameux « Suite Sister Mary » qui voit le chanteur Geoff Tate faire un duo avec une certaine Pamela Moore dont la voix n’est pas sans rappeler celle de Bonnie Tyler. Le seul titre un peu en deçà du reste de l’album est « The Needles Lies » dont le style ‘bêtement speed’ contraste avec la richesse des autres morceaux. Un titre qui aurait été certainement applaudi sur un album d’Helloween mais dont on se serait bien passé ici, même si la performance vocale de Geoff Tate y est excellente.

Geoff Tate justement, dont la voix si particulière, sachant passer sans forcer du grave à l’aigüe,  est l’un des traits caractéristiques de Queensrÿche. Mais ses compères sont loin d’être un simple backing band (comme il a malheureusement fini par le penser). Scott Rockenfield est probablement un des meilleurs batteurs de sa génération (écoutez sa performance sur « Spreading The Disease ») et est fermement épaulé par la basse profonde d’Eddie Jackson. Et que dire enfin de la paire de guitaristes formée par Michael Wilton et Chris DeGarmo ? Tout deux sont d’excellent compositeurs, des solistes accomplis au jeu fin, mélodique et complémentaire. Bref, difficile d’imaginer que Tate ait été dubitatif sur les qualités techniques du groupe au moment de les rejoindre.

Avec cet album, Queensrÿche prouve qu’on peut faire un album-concept tout en restant accessible, que l’on peut faire du Heavy Metal Progressif sans sombrer dans la débauche technique et surtout qu’il allait falloir compter sur eux à l’avenir.

Tracklist:
1. I Remember Now
2. Anarchy-X
3. Revolution Calling
4. Operation: Mindcrime
5. Speak
6. Spreading The Disease
7. The Mission
8. Suite Sister Mary (ft. Pamela Moore)
9. The Needle Lies
10. Electric Requiem
11. Breaking The Silence
12. I Don’t Believe In Love
13. Waiting For 22
14. My Empty Room
15. Eyes Of A Stranger

Musiciens:
Geoff Tate: Chant et claviers
Michael Wilton: Guitare
Chris DeGarmo: Guitare
Eddie Jackson: Basse
Scott Rockenfield: Batterie

Producteur: Peter Collins